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Dossier

Cameroun 2030 : le défi de l'émergence

Tous les articles du dossier

Économie

Foncier : la réforme qui n’en finit pas

Un code foncier qui date de 1974, des délais d'expropriation pouvant s'étaler de deux à cinq ans, une première phase de sécurisation portant sur 350 464 hectares dans la seule Plaine Centrale : la réforme foncière camerounaise, présentée dès 2020 comme une priorité de la Stratégie Nationale de Développement, reste inachevée cinq ans plus tard. Trois secteurs entiers en dépendent directement : l'industrialisation, avec les zones économiques spéciales et les grands projets miniers de Mbalam et Minim-Martap ; l'agriculture, avec les 400 000 hectares que doit mobiliser le Plan Intégré d'Import-Substitution ; et le logement, dont le déficit national dépasse un million d'unités. Les conflits fonciers récurrents entre communautés coutumières, exploitants et promoteurs continuent de retarder des projets déjà engagés, tandis que la digitalisation du cadastre progresse lentement. Face à un cadre juridique hérité d'une autre époque, la question centrale demeure : le Cameroun peut-il finaliser une réforme aussi structurante avant la fin de la décennie, sans une volonté politique clairement assumée au plus haut niveau de l'État ?

Par Désiré Kaffo · août 11, 2026 · 4 min de lecture
Économie Premium

Entreprises publiques : le passif qui inquiète

SONARA à l'arrêt depuis un incendie survenu en 2019, CAMRAIL vieillissant sur un réseau ferroviaire de 1 200 kilomètres, CAMWATER confrontée à des pertes en eau supérieures à 40% : le portefeuille public camerounais reste largement déficitaire, malgré plusieurs plans de redressement engagés ces dernières années. Le dernier rapport consolidé de l'ex-Commission Technique de Réhabilitation dresse un constat sans détour : les résultats nets sont négatifs dans l'agriculture, l'industrie, le BTP et les transports, et mixtes seulement dans l'énergie et l'eau. La Stratégie Nationale de Développement prévoyait pourtant des objectifs précis — fixation de dividendes, évaluation triennale des dirigeants, introduction en bourse des grandes entités — dont l'exécution reste très en retrait à mi-parcours. Ces entreprises représentent aujourd'hui un risque budgétaire réel pour l'État, entre garanties d'emprunts, subventions récurrentes et arriérés de paiement. La question centrale reste posée aux autorités : la reconstruction annoncée de la SONARA et les plans de redressement en cours suffiront-ils à transformer ces passifs en véritables leviers d'industrialisation d'ici 2030 ?

Par Désiré Kaffo · août 10, 2026 · 5 min de lecture
Grand entretien Premium

Jean Tchoffo : « la SND30 n’est pas morte »

À mi-parcours de la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030, le constat officiel est contrasté : la croissance résiste à 3,5%, mais l'industrialisation et l'emploi accusent un net retard face aux objectifs fixés en 2020. Jean Tchoffo, Secrétaire Général du Ministère de l'Économie, de la Planification et de l'Aménagement du Territoire, revient pour Horizons 237 sur ce bilan et sur la réponse du gouvernement au choc pétrolier déclenché par le conflit au Moyen-Orient en février 2026. Il détaille l'arbitrage retenu entre les trois scénarios simulés par son ministère — gel total, transmission partielle et transmission intégrale des prix à la pompe — et revient sur les chantiers prioritaires pour la seconde moitié de la décennie : énergie, infrastructures de transport, agro-industrie et numérique. Face à un sous-emploi qui touche toujours 79% de la population active, il évoque également les limites et les leviers des programmes publics existants. La question centrale de cet entretien reste celle du calendrier : la SND30 peut-elle réellement se réinventer sans revoir ses objectifs chiffrés initiaux ?

Par Désiré Kaffo · août 9, 2026 · 6 min de lecture
Politique

Décentralisation : le pari gagné de la SND30 ?

23,3% des ressources propres de l'État transférées aux collectivités territoriales décentralisées en 2025, contre 9,96% en 2021 et un objectif fixé à 15% : la décentralisation est l'un des rares domaines où la Stratégie Nationale de Développement a atteint, et même dépassé, ses propres ambitions. La Dotation Générale à la Décentralisation a été multipliée par près de trente en quatre ans. Mais cette réussite institutionnelle contraste avec des progrès plus lents ailleurs dans le pilier gouvernance : le taux d'exécution des décisions de justice plafonne à 40,8%, loin de l'objectif de 53,3%, et le Cameroun reste mal classé dans les indices internationaux de climat des affaires, à la 167e place sur 190 pays dans l'indice Doing Business. Les collectivités locales elles-mêmes manquent encore de personnels qualifiés pour exercer pleinement leurs nouvelles compétences. Cette question reste ouverte : la réussite de la décentralisation peut-elle, à elle seule, entraîner une amélioration plus large de la gouvernance camerounaise, ou ces deux chantiers avancent-ils selon des logiques trop différentes pour converger ?

Par Désiré Kaffo · août 8, 2026 · 5 min de lecture
Économie

Pouvoir d’achat ou budget : le compromis le moins mauvais

0,70% du PIB de subvention dans le scénario du gel total des prix, contre un coût budgétaire nul dans celui de la transmission intégrale : le choc pétrolier de 2026 impose un arbitrage sans solution indolore pour les finances publiques camerounaises. Le gel protège la consommation des ménages dès la première année, mais l'investissement total chute de plus de 20% sur trois ans dans ce scénario. À l'inverse, la transmission totale du prix du baril aux consommateurs fait disparaître le coût budgétaire, mais concentre l'ajustement sur le pouvoir d'achat, le transport et le commerce. Entre ces deux extrêmes, le scénario de transmission partielle retenu par le gouvernement ne minimise pas chaque indicateur pris isolément, mais il est le seul à limiter simultanément le dérapage budgétaire et l'effondrement de l'investissement. La question centrale qui structure ce choix reste politique autant qu'économique : un compromis qui ne satisfait personne pleinement peut-il rester tenable dans la durée, si le choc pétrolier venait à se prolonger au-delà de 2028 ?

Par Désiré Kaffo · août 7, 2026 · 3 min de lecture
International

Cameroun : comment le conflit du Moyen-Orient nous touche

Le 28 février 2026, un conflit armé éclate au Moyen-Orient. Le détroit d'Ormuz est bloqué, le baril de Brent bondit de 72 à plus de 110 dollars : pour le Cameroun, importateur net de produits raffinés, c'est une onde de choc qui menace à la fois les équilibres budgétaires et le pouvoir d'achat des ménages. Le Fonds monétaire international classe ce choc externe en catégorie 3, avec des effets qui se propagent par quatre canaux distincts — énergétique, logistique, financier et celui des anticipations. Face à cet arbitrage, le ministère de l'Économie a simulé trois scénarios de réponse, du gel total des prix à la transmission intégrale sur les consommateurs, chacun avec des conséquences différentes sur la croissance, l'investissement et le budget de l'État. Le secteur de la construction apparaît comme le plus exposé, avec un recul cumulé pouvant atteindre 14,39% sur trois ans. La question centrale que pose ce choc reste entière : entre protection immédiate du pouvoir d'achat et soutenabilité budgétaire à moyen terme, quel équilibre le Cameroun peut-il réellement tenir dans la durée ?

Par Désiré Kaffo · août 6, 2026 · 6 min de lecture
Finances publiques

Finances publiques : la dette à l’épreuve des chocs

714,3 milliards de francs CFA de déficit budgétaire, soit 2,1% du PIB ; une dette publique qui approche 40,3% du PIB : la trajectoire budgétaire du Cameroun ressemble à une équation de plus en plus difficile à résoudre. Les recettes pétrolières se sont effondrées de 121,5 milliards de francs CFA sur l'année, tandis que la pression fiscale hors pétrole reste inférieure à 13% du PIB, loin de l'objectif de 17% fixé par la stratégie nationale. La charge de la dette, qui absorbait 28,3% des recettes internes en 2024, pourrait dépasser 53,5% d'ici 2028 selon les projections officielles du ministère de l'Économie. Le gouvernement lui-même identifie six risques macro-budgétaires majeurs, de la dégradation climatique à l'accroissement de la dette, en passant par les passifs conditionnels des entreprises publiques. Face à cette cartographie de risques établie par les autorités elles-mêmes, une question centrale se pose : le Cameroun dispose-t-il d'une marge de manœuvre budgétaire suffisante pour absorber un nouveau choc externe avant la fin de la décennie ?

Par Désiré Kaffo · août 5, 2026 · 5 min de lecture
Emploi

Emploi : le vrai chantier de l’émergence camerounaise

79,5% de la population active en situation de sous-emploi, un secteur informel qui absorbe environ 90% des actifs : plus de 60% des Camerounais ont moins de 25 ans, mais cette jeunesse reste le principal point de fragilité de la stratégie nationale plutôt que sa force motrice. Chaque année, environ 400 000 nouveaux actifs arrivent sur le marché du travail. Face à eux, la création nette d'emplois plafonne à 363 889 par an dans le scénario de référence de la SND30, et à 536 661 dans le scénario le plus optimiste — un écart qui ne se referme dans aucune des deux hypothèses. Cinq axes d'intervention publique existent, de l'approche à haute intensité de main-d'œuvre à la formalisation des petites entreprises, mais leurs résultats concrets restent très en retrait des ambitions affichées en 2020. La question centrale de ce dossier reste posée sans réponse simple : sans un choc d'offre productive massif, l'emploi restera-t-il durablement le talon d'Achille de l'émergence camerounaise, quelle que soit la vigueur de la croissance macroéconomique ?

Par Désiré Kaffo · août 4, 2026 · 5 min de lecture
Société

Capital humain : investir avant que la démographie ne pèse

80,7% de taux d'achèvement du primaire, plus de quatre millions de personnes enrôlées à la Couverture Santé Universelle, mais une mortalité maternelle encore très supérieure à l'objectif 2030 : le capital humain camerounais progresse par à-coups. Plus de 60% des Camerounais ont moins de 25 ans, un atout démographique considérable si le système éducatif et sanitaire parvient à transformer cette jeunesse en compétences productives. Mais les disparités régionales entre le Septentrion et le reste du pays, la pratique encore insuffisante du bilinguisme, et un budget de la santé qui reste inférieur au seuil de 5% visé par la stratégie nationale, freinent cette conversion. Le rapport d'évaluation à mi-parcours de la Stratégie Nationale de Développement est clair : ces investissements ne sont pas des dépenses sociales annexes, mais une condition de la transformation économique elle-même. La question centrale reste entière : le pays formera-t-il sa jeunesse assez vite pour transformer ce qui pourrait devenir un risque démographique en véritable dividende économique d'ici 2030 ?

Par Désiré Kaffo · août 3, 2026 · 3 min de lecture
Économie

Croissance camerounaise : la résilience a ses limites

3,5% de croissance en 2025, un chiffre stable malgré un environnement mondial chahuté par les tensions commerciales puis par le conflit au Moyen-Orient : l'économie camerounaise a tenu. Mais ce chiffre en trompe-l'œil masque une réalité plus contrastée. Le secteur tertiaire progresse de 4,3%, porté par les télécommunications et les banques, confirmant la mue du pays en économie de services. Les hydrocarbures, eux, s'enfoncent dans un déclin structurel de 6,6% sur l'année, et l'industrialisation promise par la Stratégie Nationale de Développement continue de piétiner : la valeur ajoutée manufacturière stagne autour de 13 à 14% du PIB, loin de l'objectif de 25% fixé pour 2030. Le déficit commercial, lui, s'est creusé à 2 098 milliards de francs CFA, porté par le repli des exportations pétrolières. Face à ces signaux contrastés, une question centrale se pose pour la décennie qui s'ouvre : la croissance camerounaise peut-elle rester résiliente sans jamais devenir transformatrice, ou l'écart entre stabilité conjoncturelle et industrialisation réelle finira-t-il par se payer ?

Par Désiré Kaffo · août 2, 2026 · 5 min de lecture