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Affaire Effoudou : accusations graves, aucune preuve publique

Désiré Kaffo septembre 7, 2026 4 min de lecture 0 alertes

Depuis le 24 juillet 2026, un nom domine les conversations politiques camerounaises : celui du capitaine Kenneth Romuald Effoudou Awussi. Cet ancien chef du bureau de renseignement de l’État-major particulier de la présidence, en exil en Europe depuis trois ans, a rompu son silence dans une interview de 27 minutes accordée au journaliste Morgan Palmer, dans l’émission « Masterclass ». Il y accuse notamment le ministre d’État Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence depuis 2011, d’avoir planifié un coup d’État et d’être le commanditaire de l’assassinat du journaliste Martinez Zogo, tué en janvier 2023. Ces accusations, à ce jour, ne sont étayées par aucune preuve rendue publique.

Un témoin à la crédibilité elle-même contestée

Le profil du capitaine Effoudou mérite d’être posé avant ses accusations. Radié de l’armée camerounaise le 13 mars 2024 pour « désertion en temps de paix », il fait également l’objet d’un mandat d’arrêt pour escroquerie émis le même mois, et avait déjà été visé en 2023 par une accusation de tentative de corruption dans une affaire liée à un dénommé Pat Diamant au Secrétariat d’État à la Défense. Le 25 juin 2026, un décret présidentiel a prononcé sa révocation, distincte de sa radiation de 2024. Cet ensemble d’éléments ne dit rien de la véracité de ses accusations, mais il fait partie de ce que tout lecteur doit connaître pour évaluer la fiabilité du témoin.

Date Événement
2023 Accusation de tentative de corruption (affaire « Pat Diamant », SED)
13 mars 2024 Radiation de l’armée pour désertion en temps de paix
10 mars 2024 Mandat d’arrêt émis pour escroquerie
24 juillet 2026 Première interview choc dans l’émission « Masterclass »
25 juin 2026 Révocation par décret présidentiel

Source : koaci.com, camerounweb.com, presse camerounaise, 2026.

Des accusations en cascade, jamais prouvées publiquement

Au fil de plusieurs interventions depuis fin juillet, le capitaine Effoudou a élargi ses accusations bien au-delà de Ferdinand Ngoh Ngoh. Il affirme que le vice-amiral Joseph Fouda et plusieurs officiers supérieurs de la gendarmerie seraient impliqués dans des réseaux de trafic de stupéfiants et de racket. Il accuse trois directeurs de publication camerounais de recevoir de l’argent de personnalités proches de la présidence, et désigne Ferdinand Ngoh Ngoh comme propriétaire occulte de la chaîne Info TV. Il affirme également que l’homme d’affaires Paul Kammogne Fokam, fondateur d’Afriland First Bank, aurait quitté le pays depuis 2018 en raison de soupçons de financement d’un leader politique, et cite d’autres opérateurs économiques dans des affaires présumées de corruption — sans, là non plus, apporter de preuve à l’appui.

La réponse institutionnelle

La Chambre Nationale des Experts Criminels du Cameroun (CNECC) a réagi dès le 24 juillet 2026, au lendemain de la première interview, par un communiqué annonçant l’ouverture d’un examen technique et juridique des allégations. L’organisation a explicitement relevé que les déclarations mettaient en cause de hautes autorités « sans que des éléments de preuve n’aient été rendus publics à ce stade » — une formulation qui, à ce jour, reste également valable pour l’ensemble des accusations portées par le capitaine Effoudou.

« Les déclarations de l’ancien officier mettent en cause de hautes autorités de la République, des officiers supérieurs de la gendarmerie ainsi que plusieurs institutions publiques, sans que des éléments de preuve n’aient été rendus publics à ce stade. » — Chambre Nationale des Experts Criminels du Cameroun (CNECC), communiqué du 24 juillet 2026

Pourquoi cette affaire dépasse un cas individuel

Que ses accusations soient un jour confirmées, partiellement exactes ou infondées, l’affaire Effoudou intervient dans un contexte politique déjà documenté par ce dossier : une absence présidentielle de 74 jours au cours de l’été 2026, une vice-présidence créée en avril mais toujours vacante, et un gouvernement non renouvelé depuis près d’un an. Elle relie aussi, dans le débat public camerounais, plusieurs dossiers jusque-là traités séparément — l’assassinat non élucidé de Martinez Zogo, les réseaux d’influence autour de la présidence, et la gouvernance de la gendarmerie nationale. Le simple fait qu’un ancien responsable du renseignement, aussi contestable soit sa propre situation judiciaire, choisisse de porter ces accusations publiquement constitue en soi un événement politique, indépendamment de leur véracité.

Sources

  • KOACI, « Cameroun : après plus de 3 ans d’exil, un ex chef des renseignements du président Biya accuse et fait des révélations graves », 25 juillet 2026
  • Camer.be, « Affaire Effoudou : les accusations qui ébranlent le Cameroun », août 2026
  • allAfrica.com, couverture de l’affaire Effoudou, juillet-août 2026
  • Chambre Nationale des Experts Criminels du Cameroun (CNECC), communiqué du 24 juillet 2026
  • 237actu.com, camerounweb.com, lebledparle.com — couverture complémentaire, 2026

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