Clément Atangana, le juge de l’« irrecevable »
Premier président du Conseil constitutionnel, en poste depuis 2018, le magistrat s’est éteint dimanche à Paris, à 85 ans. Au-delà du deuil, son bilan demeure l’un des plus contestés de l’ère Biya.
Clément Atangana est mort dimanche 4 octobre à l’Hôpital américain de Paris. Hospitalisé de longues semaines à Yaoundé, il avait été évacué en Europe. Le symbole n’échappera à personne : le président de la plus haute juridiction du pays s’éteint dans un hôpital parisien, loin de la terre qu’il a jugée. Paix à son âme d’homme. Mais la décence due aux défunts ne dispense pas de l’exigence de vérité sur le magistrat.
Car Clément Atangana n’était pas un juge ordinaire. Depuis 2018, son nom est attaché à un mot : « irrecevable ». Irrecevables, les requêtes de l’opposition, même étayées de pièces. Irrecevables, les protestations d’électeurs qui dénonçaient des fraudes. Irrecevable, trop souvent, l’exigence de dire le droit.
Pendant plus de huit ans, il a présidé une juridiction que ses détracteurs tiennent pour une sous-direction juridique du RDPC. Sur les grands contentieux, notamment les présidentielles de 2018 et de 2025, l’opposition n’a jamais obtenu gain de cause. Le soupçon de partialité a culminé en novembre 2024, lorsque sa présence à une réunion de l’ADENSO, association ayant appelé à la candidature de Paul Biya, a conduit le MRC à porter plainte. Lors du contentieux de 2025, une demande de récusation a été rejetée par le Conseil lui-même. Une institution pour valider plutôt que pour juger, disent ses critiques.
« Respectez les morts », objectera-t-on. Soit. Mais le respect dû aux défunts n’efface pas celui que l’on doit aux vivants, ceux sur qui ses décisions ont pesé.
Atangana a cru servir l’État et le droit. Ses détracteurs estiment qu’il a servi un régime et habillé l’injustice d’une toge. Il n’est pas question d’en faire un grand homme. L’histoire dira ce qu’il laisse. Elle ne se contentera pas de ce qu’il croit avoir accompli.
