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Justice : tribunal cambriolé, civils devant le militaire

Un taux d'exécution des décisions de justice de 40,8%, déjà documenté dans ce dossier, prend un relief plus préoccupant à la lumière de deux développements récents : le cambriolage du Tribunal Criminel Spécial, institution censée incarner la lutte contre l'impunité financière, où plusieurs dossiers sensibles auraient disparu selon la presse camerounaise ; et le recours croissant à la justice militaire pour juger des civils proches de l'opposition depuis la crise post-électorale, une pratique que le droit international des droits humains réserve en principe à des infractions strictement liées à la défense nationale. Ces épisodes s'ajoutent à des indicateurs structurels déjà fragiles : une surpopulation carcérale de 184,4%, et environ 2 000 prisonniers estimés liés à la seule crise anglophone selon des organisations non gouvernementales, un chiffre non confirmé par un registre officiel public. La question centrale que pose ce dossier reste institutionnelle : un système judiciaire déjà sous tension structurelle peut-il absorber ces pressions supplémentaires sans que la confiance dans l'État de droit ne se dégrade davantage ?

Par Désiré Kaffo · septembre 1, 2026 · 3 min de lecture
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Présidentielle 2025 : une crise toujours ouverte

53,66% pour Paul Biya, 35,19% pour Issa Tchiroma Bakary : la présidentielle du 12 octobre 2025 a été suivie d'une contestation qui, un an plus tard, n'a trouvé aucune issue institutionnelle reconnue par les deux camps. Des manifestations postélectorales à Douala et à Garoua ont fait des morts et entraîné plusieurs milliers d'arrestations selon l'opposition, des chiffres non confirmés de manière indépendante. Issa Tchiroma Bakary vit depuis en exil en Gambie, d'où il a saisi la justice française pour compétence universelle, tandis que le bloc d'opposition qui l'avait soutenu s'est fragmenté au fil des mois, entre ruptures publiques et accusations mutuelles. Ce climat politique non résolu éclaire directement d'autres sujets déjà traités dans ce dossier, de l'absence prolongée du président aux 74 jours documentés cet été, à l'absence de nouveau gouvernement depuis l'investiture. La question centrale reste ouverte : sans mécanisme reconnu par les deux parties pour trancher le désaccord sur les résultats, cette crise peut-elle rester gelée indéfiniment sans fragiliser davantage la capacité de l'État à gouverner ?

Par Désiré Kaffo · août 30, 2026 · 4 min de lecture
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Cameroun : 74 jours qui exposent des failles institutionnelles

Paul Biya est rentré à Yaoundé le 20 août 2026, après 74 jours d'absence en Suisse — la plus longue depuis son arrivée au pouvoir en 1982. Son retour ne referme aucun des dossiers restés en suspens pendant qu'il gouvernait par décret depuis Genève : le poste de vice-président, créé par une révision constitutionnelle adoptée le 4 avril 2026, reste vacant plus de quatre mois après son adoption ; aucun nouveau gouvernement n'a été formé depuis l'investiture d'un huitième mandat en novembre 2025 ; et un remaniement du haut commandement militaire a été décidé par décret depuis l'étranger le 3 août, promouvant notamment le commandant de la Garde présidentielle au grade de général, une première depuis la création de cette unité en 1985. Ces faits, largement documentés par la presse camerounaise et internationale, dessinent une question qui dépasse la seule absence présidentielle : à l'heure où le pays doit exécuter la seconde moitié de sa stratégie nationale de développement, quelle est la capacité réelle de l'État à fonctionner lorsque son centre de décision s'éloigne aussi longtemps de la scène publique ?

Par Désiré Kaffo · août 29, 2026 · 4 min de lecture
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Cameroun 2030 : sept décisions avant que tout se referme

Entre un secteur pétrolier en déclin structurel, une dette publique qui pourrait absorber plus de la moitié des recettes fiscales d'ici 2028, et un choc pétrolier qui a déjà réduit l'espace budgétaire disponible, l'heure des choix ne se résume pas à une réforme unique pour le Cameroun. Sept priorités concrètes se dégagent des différents diagnostics officiels disponibles à mi-parcours de la Stratégie Nationale de Développement : concentrer l'ambition industrielle sur un nombre restreint de filières, faire de l'emploi un critère d'arbitrage des projets publics, réduire la dépendance aux produits pétroliers raffinés, finaliser enfin la réforme foncière, professionnaliser la gouvernance des entreprises publiques, mobiliser davantage les recettes fiscales non pétrolières, et accélérer l'exécution du budget d'investissement public. Aucune de ces sept décisions n'est suffisante prise isolément. La question centrale qui les relie toutes reste ouverte : ces priorités peuvent-elles être mises en œuvre simultanément avant que les marges budgétaires, déjà sous tension depuis 2026, ne se referment durablement sur la seconde moitié de la décennie ?

Par Désiré Kaffo · août 12, 2026 · 3 min de lecture
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Décentralisation : le pari gagné de la SND30 ?

23,3% des ressources propres de l'État transférées aux collectivités territoriales décentralisées en 2025, contre 9,96% en 2021 et un objectif fixé à 15% : la décentralisation est l'un des rares domaines où la Stratégie Nationale de Développement a atteint, et même dépassé, ses propres ambitions. La Dotation Générale à la Décentralisation a été multipliée par près de trente en quatre ans. Mais cette réussite institutionnelle contraste avec des progrès plus lents ailleurs dans le pilier gouvernance : le taux d'exécution des décisions de justice plafonne à 40,8%, loin de l'objectif de 53,3%, et le Cameroun reste mal classé dans les indices internationaux de climat des affaires, à la 167e place sur 190 pays dans l'indice Doing Business. Les collectivités locales elles-mêmes manquent encore de personnels qualifiés pour exercer pleinement leurs nouvelles compétences. Cette question reste ouverte : la réussite de la décentralisation peut-elle, à elle seule, entraîner une amélioration plus large de la gouvernance camerounaise, ou ces deux chantiers avancent-ils selon des logiques trop différentes pour converger ?

Par Désiré Kaffo · août 8, 2026 · 5 min de lecture
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SND30 à mi-parcours : un bilan à deux vitesses

23,3% du budget transféré aux collectivités locales contre un objectif de 15% ; 79% de sous-emploi contre une cible sous les 50% : la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 avance en ordre dispersé sur ses quatre piliers. La décentralisation est aujourd'hui le seul objectif pleinement atteint et même dépassé. La transformation structurelle, elle, reste très en retard : la valeur ajoutée manufacturière plafonne à 14% du PIB, loin des 25% visés. Le capital humain progresse — le taux d'achèvement du primaire atteint 80,7% — mais la qualité des apprentissages reste fragile. Quant à l'emploi, il demeure le pilier le plus éloigné de sa cible, avec un secteur informel qui continue d'absorber environ 90% des actifs. Ce contraste entre une gouvernance décentralisée qui tient ses promesses et une transformation économique qui peine à démarrer soulève une question centrale pour les cinq années restantes : la réussite d'un seul pilier peut-elle suffire à entraîner les trois autres, ou faut-il revoir en profondeur le calendrier fixé en 2020 ?

Par Désiré Kaffo · août 1, 2026 · 3 min de lecture