Justice : tribunal cambriolé, civils devant le militaire
L’article de ce dossier consacré à la gouvernance documentait déjà un taux d’exécution des décisions de justice de 40,8%, loin de l’objectif de 53,3% fixé par la SND30. Deux développements récents éclairent ce chiffre sous un angle plus préoccupant : le cambriolage du Tribunal Criminel Spécial, où plusieurs dossiers sensibles auraient disparu, et le recours croissant à la justice militaire pour juger des civils dans le contexte politique tendu qui prévaut depuis la présidentielle de 2025.
Un tribunal d’exception visé par un cambriolage
Le Tribunal Criminel Spécial (TCS), créé en 2012 pour juger les infractions de détournement de deniers publics, a été la cible d’une intrusion au cours de laquelle plusieurs milliards de francs CFA et des documents jugés sensibles auraient été emportés, selon la presse camerounaise. L’incident, survenu dans une institution censée incarner la lutte contre l’impunité financière, a suscité des interrogations sur la sécurisation des dossiers judiciaires les plus exposés du pays — sans qu’un bilan officiel détaillé n’ait été communiqué à ce jour.
Des civils devant la justice militaire
Plusieurs personnes proches de l’opposition ont été déférées devant le Tribunal militaire de Yaoundé depuis la crise post-électorale, dont un collaborateur technique d’Issa Tchiroma Bakary arrêté à Garoua dans des conditions que son entourage a qualifiées d’obscures. Le recours à une juridiction militaire pour juger des civils reste, selon le droit international des droits humains, une pratique exceptionnelle qui doit rester limitée à des infractions strictement liées à la défense nationale — un point que plusieurs organisations de la société civile camerounaise ont soulevé publiquement, sans que les autorités n’aient détaillé la nature exacte des charges retenues dans chaque dossier.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Taux d’exécution des décisions de justice (2025) | 40,8% |
| Objectif SND30 | 53,3% |
| Taux d’occupation carcérale | 184,4% |
| Prisonniers liés à la crise anglophone (estimation ONG) | ~2 000 |
Source : MINJUSTICE/INS, 2025 ; estimation ONG citée par la revue Conflits, 2026 — non confirmée officiellement.
Un système déjà sous tension avant ces épisodes
Ces développements récents s’ajoutent à des indicateurs structurels déjà fragiles : une surpopulation carcérale de 184,4%, et une perception de la corruption jugée importante par 88,6% des Camerounais interrogés dans les enquêtes disponibles. Les organisations de défense des droits humains évoquent, par ailleurs, environ 2 000 prisonniers liés à la seule crise anglophone — un chiffre qui reste une estimation, faute de registre officiel public consolidé sur cette catégorie spécifique de détenus.
Un tribunal anti-corruption cambriolé, des civils jugés par la justice militaire, une surpopulation carcérale qui dépasse 184% : pris ensemble, ces éléments dessinent un système judiciaire sous une pression bien supérieure à ce que documentent les seuls indicateurs de délais d’exécution. — Analyse Horizons 237
Sources
- MINJUSTICE/INS, indicateurs judiciaires, 2025
- Presse camerounaise (allAfrica, camerounweb.com), 2026
- Human Rights Watch, rapports sur le Cameroun
- Revue Conflits, bilan de la crise anglophone, 2026
Dossiers : Cameroun 2030 : le défi de l'émergence
