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Dossier

Cameroun 2030 : le défi de l'émergence

Tous les articles du dossier

Editorial

L’endurance ne saurait tenir lieu de projet de société

Dans l'édito du numéro de lancement d'Horizons 237 (octobre-décembre 2026), son fondateur et directeur de publication, Désiré Kaffo, pose un constat sans détour : la résilience du peuple camerounais, souvent célébrée comme une vertu, ne saurait tenir lieu de projet de société. Face à des décennies de précarité, d'infrastructures défaillantes et de promesses non tenues, l'endurance quotidienne des citoyens ne doit pas devenir un alibi pour l'inaction collective — un peuple n'est pas destiné à vivre dans une perpétuelle logique de survie. Cet éditorial appelle à substituer la lucidité à l'autosatisfaction, et l'action aux promesses, tout en refusant le pessimisme : jeunesse dynamique, diversité culturelle et ressources naturelles restent, selon l'auteur, des atouts réels qui n'attendent qu'une gouvernance davantage tournée vers les résultats, la responsabilité et l'intérêt général pour être enfin libérés. Un texte fondateur qui pose la ligne éditoriale d'Horizons 237 : observer, analyser, alerter — sans jamais renoncer à l'exigence, ni céder au fatalisme.

Par Désiré Kaffo · septembre 6, 2026 · 3 min de lecture
Économie

CEMAC : quelles décisions économiques échappent au Cameroun ?

Le franc CFA, arrimé à l'euro, revient à plusieurs reprises dans ce dossier — notamment dans l'analyse du choc pétrolier de 2026, où sa dépréciation de facto face au dollar a renchéri les importations camerounaises. Ce mécanisme rappelle une réalité rarement mise en avant dans le débat national : une part significative de la politique monétaire et de la stabilité financière du pays se décide au niveau de la Communauté Économique et Monétaire de l'Afrique Centrale, aux côtés de cinq autres États membres, et non à Yaoundé seul. La Banque des États de l'Afrique Centrale fixe une politique monétaire unique pour toute la zone, et le seuil de dette publique de 70% du PIB déjà cité dans l'article sur les finances publiques relève du même cadre de convergence régionale. Le Cameroun se présente régulièrement comme le hub naturel de l'Afrique centrale, mais les échanges commerciaux intra-CEMAC restent marginaux au regard du commerce total de la zone avec le reste du monde. La question centrale reste institutionnelle : combien des réformes documentées dans ce dossier peuvent réellement aboutir sans être également portées au niveau régional ?

Par Désiré Kaffo · septembre 6, 2026 · 3 min de lecture
Économie Premium

Notation souveraine : ce que coûte la catégorie spéculative

B- chez S&P, Caa1 chez Moody's, B en perspective négative chez Fitch : ces notes classent la dette camerounaise en catégorie spéculative, avec des conséquences concrètes sur le coût auquel l'État peut emprunter sur les marchés internationaux, déjà mentionnées en creux dans l'article de ce dossier consacré à la diaspora. Une notation dégradée renchérit mécaniquement toute nouvelle émission obligataire et restreint l'accès à certains fonds d'investissement institutionnels, à un moment où la charge de la dette camerounaise est appelée à s'alourdir jusqu'à représenter plus de la moitié des recettes fiscales d'ici 2028 selon les projections déjà citées dans ce dossier. Le secteur bancaire domestique affiche pourtant une résilience relative : la masse monétaire et les dépôts bancaires ont progressé de plus de 13% et 14% respectivement entre fin 2024 et fin 2025, et le ratio de créances douteuses s'est amélioré. Ce contraste entre la solidité relative du système bancaire national et la dégradation de la perception du risque souverain international pose une question centrale : la stratégie de financements concessionnels privilégiée par l'État peut-elle compenser durablement un accès plus coûteux aux marchés de capitaux ouverts ?

Par Désiré Kaffo · septembre 5, 2026 · 3 min de lecture
Société

Migration : pourquoi la jeunesse tente sa chance

Environ 400 000 nouveaux entrants arrivent chaque année sur le marché du travail camerounais, pour une création nette d'emplois très inférieure à ce chiffre selon les données déjà présentées dans ce dossier. Cet écart alimente directement le départ, par des voies souvent irrégulières et dangereuses, d'une partie de la jeunesse vers l'Europe — historiquement via la route libyenne, aujourd'hui davantage via le Maroc et l'enclave espagnole de Ceuta, avec une pression particulièrement visible depuis une forte poussée observée fin juillet 2026. Le Royaume-Uni a suspendu, depuis le 26 mars 2026, la délivrance de visas étudiants aux ressortissants camerounais en invoquant une hausse des demandes d'asile, tandis que le nouveau pacte européen sur la migration et l'asile, entré en application en juin 2026, durcit encore les conditions d'installation régulière. Les témoignages recueillis par la presse convergent : le départ est vécu comme une stratégie de survie face au chômage local, plus que comme un choix positif vers l'ailleurs. La question centrale reste celle des causes : un durcissement des politiques d'accueil européennes peut-il réduire la pression migratoire sans que le marché du travail camerounais n'absorbe davantage ses nouveaux entrants ?

Par Désiré Kaffo · septembre 4, 2026 · 3 min de lecture
Société

Santé : hôpitaux fragiles, évacuations à l’étranger

La Couverture Santé Universelle a dépassé sa cible intermédiaire avec plus de quatre millions de personnes enrôlées, mais ce chiffre masque un système hospitalier confronté à une pénurie chronique de personnel qualifié en dehors des grandes métropoles, à des plateaux techniques vieillissants, et à un budget public de la santé qui reste sous le seuil de 5% visé par la SND30. Ces contraintes alimentent un recours croissant à l'évacuation sanitaire à l'étranger parmi les élites camerounaises qui en ont les moyens — une pratique dont l'absence prolongée de Paul Biya en Suisse durant l'été 2026, documentée par ailleurs dans ce dossier, constitue l'exemple le plus visible, mais qui touche plus largement les cadres du pays disposant de ressources financières suffisantes. La mortalité maternelle reste très supérieure à l'objectif fixé pour 2030, à 464 décès pour 100 000 naissances. La question centrale que pose ce contraste reste concrète : enrôler des millions de bénéficiaires à un régime d'assurance santé suffit-il, si les médecins, les équipements et les plateaux techniques ne suivent pas au même rythme dans l'ensemble des régions du pays ?

Par Désiré Kaffo · septembre 3, 2026 · 3 min de lecture
Économie Premium

Secteur minier : Mbalam, une décennie de faux départs

Dix-neuf ans après l'obtention du premier permis de recherche en 2007, le gisement de fer de Mbalam illustre à quel point les délais miniers camerounais peuvent s'étirer. Retiré à la junior australienne Sundance Resources entre 2020 et 2022 au profit de partenaires chinois, le projet a fini par démarrer sa production fin 2023, mais les premières exportations, attendues au premier trimestre 2026, restaient non confirmées au moment de la rédaction. Sundance conteste ce retrait devant la Cour internationale d'arbitrage de Paris, réclamant environ 3 400 milliards de francs CFA aux États camerounais et congolais ; une sentence rendue à l'été 2026 aurait tranché en défaveur du Cameroun, pour un montant que plusieurs sources de presse ne s'accordent pas à confirmer officiellement. Le gisement de bauxite de Minim-Martap et d'autres projets miniers annoncés — or de Colomine, cobalt et nickel de Nkamouna — suivent des trajectoires de développement tout aussi lentes. La question centrale reste celle du calendrier réel : combien de temps encore l'écart entre annonce minière et recette fiscale effective continuera-t-il de se compter en décennies plutôt qu'en années ?

Par Désiré Kaffo · septembre 2, 2026 · 4 min de lecture
Politique

Justice : tribunal cambriolé, civils devant le militaire

Un taux d'exécution des décisions de justice de 40,8%, déjà documenté dans ce dossier, prend un relief plus préoccupant à la lumière de deux développements récents : le cambriolage du Tribunal Criminel Spécial, institution censée incarner la lutte contre l'impunité financière, où plusieurs dossiers sensibles auraient disparu selon la presse camerounaise ; et le recours croissant à la justice militaire pour juger des civils proches de l'opposition depuis la crise post-électorale, une pratique que le droit international des droits humains réserve en principe à des infractions strictement liées à la défense nationale. Ces épisodes s'ajoutent à des indicateurs structurels déjà fragiles : une surpopulation carcérale de 184,4%, et environ 2 000 prisonniers estimés liés à la seule crise anglophone selon des organisations non gouvernementales, un chiffre non confirmé par un registre officiel public. La question centrale que pose ce dossier reste institutionnelle : un système judiciaire déjà sous tension structurelle peut-il absorber ces pressions supplémentaires sans que la confiance dans l'État de droit ne se dégrade davantage ?

Par Désiré Kaffo · septembre 1, 2026 · 3 min de lecture