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Dossier

Cameroun 2030 : le défi de l'émergence

Tous les articles du dossier

Société Premium

Crise anglophone : dix ans, un bilan très lourd

Au moins 6 000 morts et 638 000 déplacés internes selon Human Rights Watch, un bilan encore plus lourd selon d'autres estimations : dix ans après son déclenchement fin 2016, la crise anglophone dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest reste l'un des chantiers les plus lourds — et les moins documentés dans le débat public — de la décennie camerounaise. Les autorités ont annoncé à plusieurs reprises une réduction de la menace séparatiste, mais la violence n'a pas cessé : des attaques distinctes ont fait au moins 23 morts entre décembre 2025 et janvier 2026, en majorité des femmes et des enfants. Coup de théâtre judiciaire : la Cour suprême a annulé le 19 mars 2026 les condamnations à perpétuité de dix dirigeants séparatistes, un revirement qui n'a pas produit d'apaisement sur le terrain, pas plus que la visite symbolique du pape Léon XIV à Bamenda en avril 2026. Cette crise recoupe directement plusieurs chantiers déjà traités dans ce dossier — décentralisation, éducation, accès aux soins. La question centrale reste entière : une décennie de conflit non résolu est-elle compatible avec l'objectif d'émergence nationale fixé pour 2030 ?

Par Désiré Kaffo · août 31, 2026 · 4 min de lecture
Politique Premium

Présidentielle 2025 : une crise toujours ouverte

53,66% pour Paul Biya, 35,19% pour Issa Tchiroma Bakary : la présidentielle du 12 octobre 2025 a été suivie d'une contestation qui, un an plus tard, n'a trouvé aucune issue institutionnelle reconnue par les deux camps. Des manifestations postélectorales à Douala et à Garoua ont fait des morts et entraîné plusieurs milliers d'arrestations selon l'opposition, des chiffres non confirmés de manière indépendante. Issa Tchiroma Bakary vit depuis en exil en Gambie, d'où il a saisi la justice française pour compétence universelle, tandis que le bloc d'opposition qui l'avait soutenu s'est fragmenté au fil des mois, entre ruptures publiques et accusations mutuelles. Ce climat politique non résolu éclaire directement d'autres sujets déjà traités dans ce dossier, de l'absence prolongée du président aux 74 jours documentés cet été, à l'absence de nouveau gouvernement depuis l'investiture. La question centrale reste ouverte : sans mécanisme reconnu par les deux parties pour trancher le désaccord sur les résultats, cette crise peut-elle rester gelée indéfiniment sans fragiliser davantage la capacité de l'État à gouverner ?

Par Désiré Kaffo · août 30, 2026 · 4 min de lecture
Politique Premium

Cameroun : 74 jours qui exposent des failles institutionnelles

Paul Biya est rentré à Yaoundé le 20 août 2026, après 74 jours d'absence en Suisse — la plus longue depuis son arrivée au pouvoir en 1982. Son retour ne referme aucun des dossiers restés en suspens pendant qu'il gouvernait par décret depuis Genève : le poste de vice-président, créé par une révision constitutionnelle adoptée le 4 avril 2026, reste vacant plus de quatre mois après son adoption ; aucun nouveau gouvernement n'a été formé depuis l'investiture d'un huitième mandat en novembre 2025 ; et un remaniement du haut commandement militaire a été décidé par décret depuis l'étranger le 3 août, promouvant notamment le commandant de la Garde présidentielle au grade de général, une première depuis la création de cette unité en 1985. Ces faits, largement documentés par la presse camerounaise et internationale, dessinent une question qui dépasse la seule absence présidentielle : à l'heure où le pays doit exécuter la seconde moitié de sa stratégie nationale de développement, quelle est la capacité réelle de l'État à fonctionner lorsque son centre de décision s'éloigne aussi longtemps de la scène publique ?

Par Désiré Kaffo · août 29, 2026 · 4 min de lecture
Société Premium

Rentrée scolaire : le dispositif sécuritaire de l’État

La rentrée scolaire 2026-2027, fixée au 7 septembre, se prépare dans un contexte sécuritaire particulièrement chargé. Réunis le 26 août à Yaoundé sous la présidence de Joseph Beti Assomo, ministre délégué à la Présidence chargé de la Défense, les responsables des forces de défense et de sécurité ont passé en revue plusieurs menaces actives : les incursions terroristes de Boko Haram dans l'Extrême-Nord, les mots d'ordre de "villes mortes" dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, les prises d'otages contre rançon dans l'Adamaoua et le Nord, ainsi que la criminalité urbaine. Un accident de la route survenu le 14 août à Nomale, qui a fait 16 morts, a également conduit à inscrire la sécurité routière parmi les priorités de la période de rentrée. Le ministre a assuré que "la situation est globalement maîtrisée", une déclaration qui contraste avec la liste des menaces effectivement recensées lors de la même réunion. La question centrale reste celle de la cohérence : ce dispositif sécuritaire peut-il tenir sur la durée d'une année scolaire entière, dans un pays où la continuité de l'exécutif lui-même fait l'objet de vives interrogations ?

Par Désiré Kaffo · août 28, 2026 · 3 min de lecture
Économie Premium

Gaz domestique : les nouveaux centres emplisseurs

Le taux de pénétration du gaz domestique au Cameroun ne dépasse pas 40%, contre 70% dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest comparables, alors que la consommation nationale progresse de 5 à 7% par an. Pour combler cet écart, le pays a engagé un programme d'extension de ses capacités de stockage et de distribution : une sixième sphère à Bonabéri porte la capacité du site à 3 500 tonnes, un centre emplisseur de 200 tonnes par jour est désormais opérationnel à Bamenda, et Maroua et Bertoua ont pris le relais, pendant qu'Ebolowa et Kumba sont en construction. L'objectif affiché par la filière est ambitieux : porter le taux de pénétration à 70% d'ici 2030, tout en faisant baisser le prix de la bouteille de 8 500 à 6 500 francs CFA. Un objectif qui suppose de tripler la cadence actuelle des chantiers. La question centrale reste celle du calendrier et du financement : ce rythme d'extension est-il tenable jusqu'à l'échéance de 2030, dans un contexte budgétaire déjà sous tension ?

Par Désiré Kaffo · août 27, 2026 · 2 min de lecture
Société

Insécurité alimentaire : les ménages face aux prix

Plus de 500 000 personnes restent déplacées dans la région de l'Extrême-Nord, fuyant les violences persistantes de Boko Haram et les inondations récurrentes, dont 40 000 nouveaux déplacés recensés sur les seuls mois de février et mars 2026. Les prix du riz et du maïs ont augmenté de 11 à 16% sur un an, portant le panier alimentaire minimum à environ 12 395 francs CFA par personne et par mois — un niveau que de nombreux ménages vulnérables ne peuvent plus atteindre. Dans les grandes villes, jusqu'à 100 000 personnes déplacées vivraient en situation de précarité alimentaire à Douala et à Yaoundé. Cette hausse des prix s'inscrit dans un contexte plus large de renchérissement des importations alimentaires, lui-même amplifié par le choc pétrolier de 2026 et la hausse des coûts de transport qui en découle directement. La question centrale que pose cette crise dépasse le seul secteur agricole : comment un pays déjà confronté à un arbitrage budgétaire serré peut-il financer une réponse humanitaire d'urgence sans creuser davantage son déficit ?

Par Désiré Kaffo · août 26, 2026 · 2 min de lecture
Économie Premium

Fiscalité : mobiliser des recettes sans étouffer l’économie

12,7% du PIB : c'est le niveau actuel de la pression fiscale hors pétrole au Cameroun, l'un des plus bas d'Afrique subsaharienne, contre un objectif de 17% fixé par la SND30 pour 2030. L'écart représente environ 4,3 points de PIB, soit approximativement 1 500 milliards de francs CFA de recettes potentielles non mobilisées chaque année — une somme qui suffirait, à elle seule, à quasiment effacer le déficit budgétaire de 714,3 milliards enregistré en 2025. Combler cet écart suppose d'élargir l'assiette fiscale, de lutter plus efficacement contre la fraude, et de faire basculer une partie du secteur informel, qui absorbe environ 90% des actifs, vers l'économie formelle. Des mesures ont déjà été engagées, comme l'Impôt Général Synthétique pour les petits opérateurs ou la baisse ciblée de l'impôt sur les sociétés pour les PME, mais leur effet reste limité au regard de l'ampleur du besoin. La question centrale reste celle du calendrier : à quel rythme ces réformes peuvent-elles produire des résultats tangibles, sans casser une économie déjà fragilisée par le choc pétrolier de 2026 ?

Par Désiré Kaffo · août 25, 2026 · 2 min de lecture
Société

Culture camerounaise : quel patrimoine, quelle émergence ?

Dix-huit sites en liste indicative de l'UNESCO, plus de 250 groupes ethniques et autant de langues vivantes : le patrimoine culturel camerounais figure parmi les plus riches d'Afrique centrale. Pourtant, ce patrimoine reste largement sous-valorisé, et le secteur culturel ne contribue qu'à une part marginale du PIB national. De nombreux sites patrimoniaux manquent d'entretien régulier, les infrastructures touristiques d'accueil demeurent insuffisantes, et la promotion internationale reste ponctuelle plutôt que structurée dans la durée. Le ministère des Arts et de la Culture inscrit pourtant explicitement son action dans le cadre de la SND30, défendant l'idée que la culture agit à la fois comme ciment de l'unité nationale et comme moteur économique potentiel, via les industries créatives et le tourisme culturel. Mais cette ambition reste sous-financée au regard des autres priorités budgétaires du pays. La question centrale reste posée aux décideurs : la culture restera-t-elle un slogan identitaire, ou deviendra-t-elle un secteur économique à part entière d'ici 2030 ?

Par Désiré Kaffo · août 24, 2026 · 2 min de lecture
Société

Transports urbains : la mobilité à Douala et Yaoundé

Douala et Yaoundé concentrent à elles seules près de 5,5 millions d'habitants, et leurs infrastructures de transport n'ont pas suivi le rythme de cette croissance urbaine. Le parc automobile a fortement augmenté ces dernières années, sans extension comparable du réseau routier ni des transports collectifs formels, laissant motos-taxis et minibus informels combler l'essentiel de la demande de mobilité quotidienne. Les embouteillages allongent considérablement les temps de trajet, la pollution atmosphérique s'aggrave, et la sécurité routière reste préoccupante à l'échelle nationale. Le coût économique précis de cette congestion reste difficile à chiffrer pour le Cameroun, faute d'étude nationale dédiée récente, mais son effet sur la logistique des entreprises et l'attractivité résidentielle des deux métropoles est documenté dans plusieurs analyses régionales comparables. La question centrale reste celle de la méthode : la régulation du secteur informel des transports doit-elle viser sa suppression, ou son intégration progressive dans un réseau structuré et complémentaire aux transports publics à construire ?

Par Désiré Kaffo · août 23, 2026 · 2 min de lecture
Éducation

Éducation : la qualité face à la massification

80,7% d'achèvement du primaire en 2025, contre 67% en 2018 : le Cameroun a massifié l'accès à l'école primaire à un rythme rapide depuis le lancement de la SND30. Mais l'objectif de 100% fixé pour 2030 reste hors d'atteinte au rythme actuel, et le taux de scolarisation secondaire, lui, stagne autour de 47%, loin de la cible de 58%. Plus préoccupant encore : le poids relatif de la formation technique et professionnelle a reculé, passant de 22,2% en 2014 à 18,8% aujourd'hui, alors même que cette filière est censée alimenter directement les secteurs industriels prioritaires de la stratégie nationale. Les disparités régionales entre le Septentrion et le reste du pays restent marquées, et les résultats aux évaluations internationales disponibles pour le Cameroun demeurent faibles. La question centrale que pose ce contraste est simple à formuler : une massification scolaire réussie, mais dont la qualité reste incertaine, peut-elle produire le capital humain dont l'industrialisation camerounaise a besoin d'ici 2030 ?

Par Désiré Kaffo · août 22, 2026 · 2 min de lecture