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Dossier

Cameroun 2030 : le défi de l'émergence

Tous les articles du dossier

Société

Protection sociale : un filet encore trop lâche

22% de couverture sociale en 2018, environ 25% en 2025 : la progression est réelle, mais elle laisse le Cameroun à mi-chemin de l'objectif de 50% fixé par la SND30 pour 2030. Le contraste est frappant avec la réalité du marché du travail national, où environ 90% des actifs évoluent dans l'économie informelle, largement en dehors de tout système de protection contributif. Le système repose aujourd'hui sur un empilement de dispositifs plutôt que sur une architecture intégrée : régime contributif classique, assurance volontaire, transferts monétaires ciblés vers 44 500 ménages vulnérables, et Couverture Santé Universelle en cours de généralisation. Seuls 515 649 travailleurs informels bénéficient à ce jour d'une prestation sociale, sur des dizaines de millions d'actifs informels. Le Registre Social Unifié, censé cibler efficacement l'aide sociale, n'a intégré que 189 000 ménages. La question centrale reste budgétaire autant qu'institutionnelle : sans élargissement de la base contributive, l'écart entre l'ambition affichée pour 2030 et la réalité du terrain peut-il vraiment se refermer ?

Par Désiré Kaffo · août 21, 2026 · 2 min de lecture
Économie Premium

Diaspora camerounaise : la manne qui cherche son canal

700 milliards de francs CFA : c'est l'estimation des transferts annuels de la diaspora camerounaise en 2025, contre 585 milliards en 2015. Ce flux, en progression constante sans la moindre politique publique dédiée, dépasse déjà en volume plusieurs lignes de financement extérieur négociées de haute lutte par l'État. La SND30 prévoyait depuis 2020 quatre instruments précis pour canaliser cette manne vers l'investissement productif : un fonds d'investissement de la diaspora, des "diaspora bonds", un guichet unique et une fiscalité incitative. Cinq ans plus tard, aucun de ces instruments n'est opérationnel à l'échelle nationale. Les hypothèses avancées pour expliquer ce retard tiennent à la fois à la notation souveraine du pays, peu propice à l'émission d'obligations dédiées, et à l'absence de structure de gouvernance rendue publique pour un futur fonds. La question centrale reste entière : combien de temps la SND30 peut-elle laisser un flux de cette ampleur transiter sans cadre structuré, alors que l'État peine par ailleurs à mobiliser des financements extérieurs classiques ?

Par Désiré Kaffo · août 20, 2026 · 3 min de lecture
Tribune Premium

Rwanda-Cameroun : un retard de dispositif, pas de moyens

Un score de maturité institutionnelle de 76 points sur 92 pour le Rwanda, contre 47 sur 92 pour le Cameroun, selon un audit comparatif portant sur 24 secteurs socio-économiques : le Cameroun a pourtant un PIB près de quatre fois supérieur, une capacité électrique installée cinq fois plus élevée, et un territoire dix-huit fois plus vaste que son comparateur est-africain. Cette tribune soutient une thèse précise, documentée par des sources officielles des deux pays : l'écart entre les deux nations ne tient pas à un déficit de ressources, mais à un déficit de dispositif — cibles chiffrées publiées, régulateurs qui mesurent, systèmes administratifs interconnectés plutôt que cloisonnés. Elle documente également, sans complaisance, les fragilités propres au modèle rwandais, entre espace civique fermé et dette extérieure élevée. Les atouts camerounais inexploités, du mobile money au patrimoine touristique, y sont détaillés avec la même rigueur. La question centrale que pose cette tribune reste ouverte aux décideurs camerounais : la priorité politique nécessaire pour combler cet écart de dispositif sera-t-elle enfin accordée, alors que les ressources, elles, sont déjà là ?

Par Désiré Kaffo · août 19, 2026 · 11 min de lecture
Environnement

Plan National Climat : cinq chantiers pour la résilience

Un plan stratégique cohérent sur le papier, mais dont la crédibilité dépendra de sa traduction en budgets tracés et en capacités locales réellement opérationnelles : cinq chantiers concrets conditionnent la mise en œuvre effective du Plan National Climat camerounais, adopté en juillet 2025. Des budgets climatiques traçables, où chaque programme prioritaire identifie clairement son coût et son calendrier ; des collectivités locales équipées, en première ligne face aux inondations et aux sécheresses ; une agriculture réellement adaptée, entre semences résistantes et assurance indicielle ; un mix énergétique diversifié, pour compenser la dépendance à une hydroélectricité déjà mise à l'épreuve lors des périodes d'étiage ; et un financement mobilisé à la hauteur de l'ambition affichée, entre budget national, Fonds vert pour le climat et partenariats public-privé verts. Pris séparément, chacun de ces chantiers relève de l'évidence. La question centrale reste dans leur exécution simultanée : ce sont ces cinq chantiers, pris ensemble et suivis dans la durée, qui distingueront un plan resté sur le papier d'un plan qui change réellement l'exposition du pays aux prochains chocs climatiques.

Par Désiré Kaffo · août 18, 2026 · 3 min de lecture
Environnement

Plan National Climat : l’urgence d’agir

Adopté par arrêté du Premier ministre le 11 juillet 2025, le Plan National Climat fixe un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 35% d'ici 2030, dans un pays exposé à des risques climatiques majeurs : sécheresses dans le Septentrion, inondations dans le Littoral et l'Extrême-Nord, glissements de terrain sur les Hauts-Plateaux. Les pertes économiques liées à un choc climatique majeur sont estimées à plusieurs centaines de milliards de francs CFA par an, dans un pays où l'agriculture emploie 45% de la population active et où l'hydroélectricité fournit 80% de l'électricité nationale. Le coût de mise en œuvre du plan sur la période 2025-2030 se chiffre en plusieurs milliers de milliards de francs CFA, face à des sources de financement encore limitées, entre budget national contraint, accès restreint au Fonds vert pour le climat et coordination interministérielle jugée encore faible. La question centrale que pose ce plan récent reste entière : sa mise en œuvre concrète suivra-t-elle le rythme de l'urgence climatique qu'il décrit lui-même, ou restera-t-il un cadre stratégique sans traduction budgétaire suffisante ?

Par Désiré Kaffo · août 17, 2026 · 4 min de lecture
Numérique

Souveraineté numérique : une feuille de route open source

Quatre étapes plutôt qu'une déclaration d'intention : cartographier les logiciels propriétaires en usage dans l'administration et leur coût annuel, prioriser les migrations à faible risque, former les agents publics avant tout déploiement, puis institutionnaliser la démarche via une structure dédiée au mandat clair. C'est la feuille de route que propose ce dossier pour transformer le logiciel libre en levier réel de souveraineté numérique pour l'État camerounais, plutôt qu'en simple slogan technologique périodiquement évoqué sans suite opérationnelle. La bureautique, les plateformes éducatives et certains services de santé de première ligne constituent des terrains de migration progressive à faible risque. Mais le principal actif de cette stratégie n'est pas le logiciel lui-même : ce sont les compétences humaines capables de le déployer et de le maintenir dans la durée, sans quoi le risque est de remplacer une dépendance étrangère par une dépendance équivalente à un prestataire unique. La question centrale de cette feuille de route reste institutionnelle : quelle structure de l'État portera ce mandat dans la durée, au-delà d'un simple projet pilote isolé ?

Par Désiré Kaffo · août 16, 2026 · 3 min de lecture
Numérique

Logiciel libre : la souveraineté numérique à portée de code

Plusieurs milliards de francs CFA dépensés chaque année en licences de logiciels propriétaires par l'administration camerounaise, contre un modèle alternatif fondé sur quatre libertés fondamentales — utiliser, étudier, distribuer et améliorer le code source : le logiciel libre reste largement sous-exploité au Cameroun, malgré des usages déjà réels dans la santé et l'éducation via des plateformes comme OpenMRS ou Moodle. La dépendance aux logiciels propriétaires expose le pays à des risques identifiés : failles de sécurité non vérifiables, arrêt unilatéral du support par un fournisseur étranger, coûts de licence qui augmentent chaque année sans contrepartie de souveraineté. Plusieurs pays offrent des modèles inspirants, du Rwanda qui a économisé des millions de dollars en déployant Linux dans l'éducation, à l'Allemagne où la ville de Munich a migré l'ensemble de son administration. La Stratégie Nationale de Développement aborde le numérique comme un levier de croissance, sans toutefois mentionner explicitement le logiciel libre. La question centrale demeure : le Cameroun peut-il transformer des compétences locales déjà réelles en une véritable stratégie nationale de souveraineté numérique ?

Par Désiré Kaffo · août 15, 2026 · 5 min de lecture
Sport

Lionnes Indomptables : du sacre à un projet durable

Trois buts inscrits avant la pause en finale contre le Malawi : le titre continental des Lionnes Indomptables est acquis, mais un sacre, aussi historique soit-il, ne construit pas à lui seul une politique sportive durable. La qualification pour la Coupe du Monde féminine 2027 au Brésil change la nature de l'enjeu, imposant un calendrier de préparation resserré et des moyens logistiques à la hauteur de l'ambition affichée par la fédération. C'est là que se joue la vraie transformation : un titre continental peut rester un moment de fierté isolé, ou devenir le point de départ d'une politique publique structurée — centres de formation dédiés, championnat national féminin professionnalisé, détection des talents dès le plus jeune âge, valorisation économique de l'image des championnes via le sponsoring et les droits télévisés. Plusieurs fédérations africaines ayant connu un sacre continental féminin ont fait des choix contrastés par le passé, certaines consolidant un cercle vertueux, d'autres laissant retomber l'élan. La question centrale reste entière : quel choix les autorités sportives camerounaises feront-elles dans les prochains mois, avant que l'attention médiatique ne se déplace ailleurs ?

Par Désiré Kaffo · août 14, 2026 · 3 min de lecture
Sport

CAN féminine 2026 : les Lionnes au sommet

Repêchées in extremis après leur élimination par l'Algérie en qualifications, les Lionnes Indomptables ont décroché le 16 août 2026 leur tout premier titre continental féminin, en battant le Malawi 3-0 en finale à Rabat. Sur leur route vers ce sacre inédit, les Camerounaises ont réalisé l'exploit de battre le Nigeria, favori historique de la compétition avec dix titres remportés sur treize éditions, puis le Maroc, pays hôte du tournoi, aux tirs au but en demi-finale. En atteignant les demi-finales, elles ont dans le même mouvement validé leur qualification pour la Coupe du Monde féminine 2027 au Brésil. Plusieurs distinctions individuelles sont venues récompenser cette performance collective, de la meilleure gardienne du tournoi à la meilleure joueuse de la compétition. Au-delà du symbole sportif, dans un contexte économique national marqué par des arbitrages budgétaires difficiles, cette victoire soulève une question centrale : ce sacre restera-t-il un moment de fierté isolé, ou deviendra-t-il le point de départ d'une politique publique durable pour le football féminin camerounais ?

Par Désiré Kaffo · août 13, 2026 · 4 min de lecture
Politique

Cameroun 2030 : sept décisions avant que tout se referme

Entre un secteur pétrolier en déclin structurel, une dette publique qui pourrait absorber plus de la moitié des recettes fiscales d'ici 2028, et un choc pétrolier qui a déjà réduit l'espace budgétaire disponible, l'heure des choix ne se résume pas à une réforme unique pour le Cameroun. Sept priorités concrètes se dégagent des différents diagnostics officiels disponibles à mi-parcours de la Stratégie Nationale de Développement : concentrer l'ambition industrielle sur un nombre restreint de filières, faire de l'emploi un critère d'arbitrage des projets publics, réduire la dépendance aux produits pétroliers raffinés, finaliser enfin la réforme foncière, professionnaliser la gouvernance des entreprises publiques, mobiliser davantage les recettes fiscales non pétrolières, et accélérer l'exécution du budget d'investissement public. Aucune de ces sept décisions n'est suffisante prise isolément. La question centrale qui les relie toutes reste ouverte : ces priorités peuvent-elles être mises en œuvre simultanément avant que les marges budgétaires, déjà sous tension depuis 2026, ne se referment durablement sur la seconde moitié de la décennie ?

Par Désiré Kaffo · août 12, 2026 · 3 min de lecture