Cameroun : 74 jours qui exposent des failles institutionnelles
Paul Biya est rentré à Yaoundé le 20 août 2026, après 74 jours d’absence — la plus longue depuis son arrivée au pouvoir en 1982. Son retour ne referme aucun des dossiers ouverts pendant qu’il gouvernait par décret depuis Genève : le poste de vice-président créé en avril reste vacant, le gouvernement Dion Ngute n’a toujours pas été renouvelé depuis l’investiture d’un huitième mandat, et le Conseil des ministres ne s’est pas réuni depuis plusieurs années. À la rentrée 2026-2027, ce sont ces angles morts institutionnels, plus que l’absence elle-même, qui interrogent la capacité de l’État à exécuter la SND30 à mi-parcours.
Ce que l’on sait, factuellement
Le 7 juin 2026, Paul Biya quitte Yaoundé pour Genève pour ce que la présidence présente comme un « court séjour privé en Europe ». Le séjour, prévu pour deux semaines selon la communication officielle, s’étire à 74 jours. Le 18 juin, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, dément une hospitalisation. L’absence prolongée relance les spéculations sur l’état de santé du chef de l’État, âgé de 93 ans et doyen des chefs d’État en exercice dans le monde. Il rentre finalement le 20 août, accueilli à l’aéroport de Yaoundé par des militants du parti présidentiel.
Cette absence dépasse le précédent record du président, une absence de 49 jours en 2024, elle-même déjà source d’interrogations similaires.
1. Un vide institutionnel inédit
La Constitution camerounaise prévoyait jusqu’ici un mécanisme unique en cas de vacance : l’intérim par le président du Sénat. Une révision constitutionnelle adoptée en Congrès le 4 avril 2026, par une large majorité, a créé un poste de vice-président de la République, nommé — et révocable — par le seul président en exercice. En cas de décès, de démission ou d’empêchement, ce vice-président prendrait automatiquement la tête de l’exécutif jusqu’à la fin du mandat en cours, sans élection. Plus de quatre mois après l’adoption du texte, ce poste reste vacant.
2. Un remaniement militaire décidé depuis l’étranger
Le 3 août, depuis Genève, Paul Biya signe une série de décrets qui remanient le haut commandement des forces armées. Cinq colonels sont promus généraux de brigade, dont Raymond Jean Charles Beko’o Abondo, commandant de la Garde présidentielle depuis 2013 — une première depuis la création de cette unité d’élite en 1985, puisqu’aucun commandant n’avait jusque-là porté ce grade. Le général de division Ebaka Hypolite, 73 ans, est nommé major général des armées. La question posée par ces décrets n’est pas celle de leur légalité — le président reste habilité, en tant que chef des armées, à les signer où qu’il se trouve — mais celle de la méthode : des décisions structurantes pour l’appareil sécuritaire de l’État, prises sans délibération collégiale visible.
3. Un gouvernement en affaires courantes depuis un an
Paul Biya a prêté serment le 6 novembre 2025 pour un huitième mandat. Près d’un an plus tard, aucun nouveau gouvernement n’a été formé. L’équipe de Joseph Dion Ngute, en place depuis janvier 2019, continue de gérer les affaires courantes — une situation qui paralyse une partie de l’action publique, au moment même où la seconde moitié de la SND30 exige une accélération de l’exécution des réformes.
| Absence | Durée | Contexte officiel |
|---|---|---|
| Octobre 2024 | ~49 jours | Voyage en Chine puis soins médicaux en Suisse |
| Juin-août 2026 | 74 jours (record) | « Court séjour privé en Europe » |
Source : presse camerounaise et internationale, compilation août 2026.
« La Constitution camerounaise prévoit désormais un vice-président nommé par le seul président en exercice. Mais quatre mois après son adoption, ce poste reste vacant. » — Analyse Horizons 237
Sources
- Agence France-Presse (AFP), dépêche du 20 août 2026
- Reuters, repris par CNBC Africa, août 2026
- Jeune Afrique, « Ce qu’il faut retenir des nominations de Paul Biya au sein de l’armée », août 2026
- KOACI, camer.be, 237online.com, cameroun-online.com — couverture août 2026
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