Crise anglophone : dix ans, un bilan très lourd
Dix ans après son déclenchement fin 2016, la crise dite anglophone continue de peser sur les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest — et, par ricochet, sur plusieurs des chantiers que ce dossier a déjà documentés : la décentralisation, l’éducation, l’accès aux soins. Les estimations varient selon les sources et la période couverte : Human Rights Watch évaluait à au moins 6 000 le nombre de civils tués par l’ensemble des parties depuis 2016, et à plus de 638 000 le nombre de déplacés internes dans son rapport le plus récent ; le think tank BTI, dans son rapport 2026, avance un bilan plus élevé encore, supérieur à 6 500 morts et proche d’un million de déplacés. Ces écarts, comme souvent dans les conflits de basse intensité, reflètent l’absence de décompte officiel exhaustif publié par l’État camerounais.
Une crise qui n’a pas trouvé d’issue politique
Le conflit oppose des groupes armés séparatistes, qui réclament l’indépendance d’un territoire qu’ils nomment « Ambazonie », aux forces de défense et de sécurité camerounaises. Les autorités ont, à plusieurs reprises, annoncé une réduction significative de la menace et la reddition de groupes armés. Sur le terrain, la violence n’a pourtant pas cessé : des attaques distinctes en décembre 2025 et janvier 2026 ont fait au moins 23 morts, en majorité des femmes et des enfants, dans les villages de Wowo et Gidado au Nord-Ouest, selon le Centre mondial pour la responsabilité de protéger. Les mots d’ordre de « villes mortes » — des jours de grève forcée imposés par les séparatistes — continuent de paralyser régulièrement l’activité économique dans plusieurs localités du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
| Indicateur | Estimation | Source |
|---|---|---|
| Morts depuis 2016 | 6 000 à 6 500+ | HRW ; BTI 2026 |
| Déplacés internes | 638 000 à ~1 million | HRW ; BTI 2026 |
| Personnes nécessitant une aide humanitaire | 1,7 million | HRW, World Report |
Source : Human Rights Watch, World Report ; BTI 2026 Cameroon Country Report. Estimations non confirmées par des statistiques officielles camerounaises.
Une économie régionale à l’arrêt
Le Sud-Ouest, autrefois pôle touristique autour du Mont Cameroun, a vu ses exportations chuter de plus de 20% entre 2015 et 2017 selon les estimations officielles disponibles, un recul qui s’est prolongé depuis. Le boycott de l’éducation imposé par certains groupes séparatistes depuis 2017, avec des attaques répétées contre des écoles et des enseignants, prive toujours plusieurs centaines de milliers d’enfants de scolarité — un chiffre à mettre en regard direct des progrès nationaux en matière d’achèvement scolaire que ce dossier a documentés ailleurs, et qui masquent une réalité régionale bien plus sombre.
Un symbole judiciaire qui a viré de bord
L’emprisonnement à vie de Sisiku Ayuk Tabe et de neuf autres dirigeants séparatistes du groupe dit des « Nera 10 » — du nom de l’hôtel d’Abuja où ils avaient été arrêtés au Nigeria en janvier 2018 avant leur extradition controversée vers Yaoundé — avait longtemps été présenté par les autorités comme un signal de fermeté. Coup de théâtre : la Cour suprême camerounaise a annulé ces condamnations à perpétuité le 19 mars 2026, un revirement judiciaire majeur dont les motifs précis et les suites concrètes pour les intéressés restaient, au moment de la rédaction, incomplètement documentés dans la presse disponible. La visite du pape Léon XIV à Bamenda en avril 2026, ville symbole du conflit, a été perçue par plusieurs observateurs comme porteuse d’espoir pour une résolution négociée — sans qu’aucune avancée concrète n’ait suivi à ce jour. En mai 2025, l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki avait révélé que Paul Biya avait rejeté une tentative de médiation portée par d’anciens chefs d’État africains.
Dix ans après le début du conflit, les affrontements entre groupes séparatistes et forces de défense continuent d’affecter durement les populations civiles des régions anglophones et de l’Extrême-Nord, malgré les annonces répétées des autorités sur le recul de la menace armée. — Analyse Horizons 237
Sources
- Human Rights Watch, World Report, chapitre Cameroun
- BTI 2026 Cameroon Country Report
- Global Centre for the Responsibility to Protect, fiche Cameroun, 2026
- Wikipedia, Timeline of the Anglophone Crisis (2026), sourcé sur International Crisis Group
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