Secteur minier : Mbalam, une décennie de faux départs
L’entretien avec le Secrétaire Général du MINEPAT publié dans ce dossier évoquait les « projets miniers de Mbalam et de Minim-Martap » qui « avancent » mais « exigent des investissements colossaux et des délais longs ». Le contentieux Mbalam illustre à quel point ces délais peuvent s’étirer : dix-neuf ans après l’obtention du premier permis de recherche, le projet de fer le plus emblématique du pays reste empêtré dans une bataille juridique internationale dont l’issue précise demeure incertaine.
Mbalam : un gisement, deux décennies de faux départs
La junior minière australienne Sundance Resources obtient un permis de recherche sur le gisement de fer de Mbalam, dans la région de l’Est, dès 2007. Malgré une convention minière signée en 2012 et plusieurs prorogations de licence, elle ne parvient jamais à sécuriser les partenaires techniques et financiers nécessaires pour construire les infrastructures indispensables au projet — notamment une voie ferrée de plus de 500 kilomètres jusqu’au port en eau profonde de Kribi. Entre 2020 et 2022, le Cameroun et le Congo, où le gisement se prolonge sous le nom de Nabeba, retirent le développement du projet à Sundance pour le confier à des partenaires chinois, Bestway Finance et AutSino.
Sundance conteste ce retrait devant la Cour internationale d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale à Paris, réclamant environ 3 400 milliards de francs CFA aux deux États. Le tribunal a débouté l’entreprise dans son recours contre le Congo en janvier 2026 — un élément perçu comme plutôt favorable à la position camerounaise. Mais le 26 juillet 2026, Sundance a annoncé avoir obtenu gain de cause dans le volet camerounais : une sentence lui accordant environ 616 millions de dollars, soit près de 355 milliards de francs CFA. Cette sentence reste à ce jour confidentielle et n’a fait l’objet d’aucune confirmation officielle de Yaoundé ; l’information provient exclusivement des communiqués de Sundance et de son financeur de contentieux, le fonds coté Burford Capital, qui a indiqué être en droit de percevoir plus de 100 milliards de francs CFA sur la somme totale au titre de l’accord de financement conclu en 2021. La production du gisement a par ailleurs démarré fin 2023 sous pilotage sino-camerounais, mais les premières exportations, initialement attendues au premier trimestre 2026, restaient non confirmées au moment de la rédaction.
| Étape | Date |
|---|---|
| Permis de recherche accordé à Sundance | 2007 |
| Convention minière signée | 2012 |
| Retrait du projet à Sundance | 2020-2022 |
| Début de production | Décembre 2023 |
| Sundance déboutée contre le Congo | Janvier 2026 |
| Sentence favorable à Sundance contre le Cameroun (616 M$) | 26 juillet 2026 |
Source : Investir au Cameroun, Agence Ecofin, camer.be, 2025-2026.
Minim-Martap et les autres projets en attente
Le gisement de bauxite de Minim-Martap, dans l’Adamaoua, l’un des plus importants d’Afrique par ses réserves estimées, suit une trajectoire de développement plus lente encore, sans calendrier de production ferme rendu public à ce jour. D’autres projets miniers évoqués par le gouvernement — l’or de Colomine, le cobalt et le nickel de Nkamouna — restent également à un stade préliminaire. Le ministère des Mines a indiqué en juillet 2026 que Mbalam faisait partie des projets censés porter les recettes minières annuelles à 1 000 milliards de francs CFA ; le contentieux Sundance rend cet objectif plus incertain qu’il ne l’était.
Selon Fuh Calistus Gentry, ministre par intérim des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique, Mbalam figure parmi les projets appelés à porter les recettes minières annuelles du pays vers 1 000 milliards de francs CFA. — Fuh Calistus Gentry, ministre par intérim des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique
Avec la condamnation du 26 juillet, cet objectif paraît aujourd’hui plus lointain qu’il ne l’était un mois plus tôt. Le Cameroun dispose de plusieurs options pour répondre à cette sentence : engager une procédure en annulation devant les juridictions françaises, ou négocier un accord transactionnel avec Sundance pour réduire ou échelonner le paiement — deux options qui, dans les deux cas, prendront du temps avant qu’une facture définitive ne soit connue avec certitude.
Sources
- Investir au Cameroun, suivi du contentieux Mbalam, 2025-2026
- Agence Ecofin, Camer.be, Cameroun24.net, couverture de la sentence, juillet-août 2026
- Ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique (MINMIDT)
- Cour internationale d’arbitrage, Chambre de commerce internationale (CCI), Paris
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