Migration : pourquoi la jeunesse tente sa chance
L’article de ce dossier consacré à l’emploi documentait un taux de sous-emploi proche de 79% et environ 400 000 nouveaux entrants sur le marché du travail chaque année, pour une création nette d’emplois très inférieure à ce chiffre. Cet écart alimente directement un phénomène que ce dossier n’avait pas encore traité : le départ, par des voies souvent irrégulières et dangereuses, d’une partie de la jeunesse camerounaise vers l’Europe.
Des routes qui passent désormais surtout par le Maroc
Historiquement concentrée sur la route libyenne vers l’Italie, la migration irrégulière camerounaise s’est partiellement redéployée vers le Maroc, point de transit et de tri pour des milliers de personnes venues d’Afrique subsaharienne avant une tentative de traversée vers l’enclave espagnole de Ceuta ou les îles Canaries. Ces routes restent, selon l’Organisation internationale pour les migrations, actives et dangereuses. La pression migratoire vers Ceuta est restée particulièrement visible depuis une forte poussée observée fin juillet 2026, avec des trajectoires camerounaises documentées aux côtés de celles d’autres nationalités ouest-africaines et sahéliennes.
Un durcissement des politiques d’accueil européennes
Le Royaume-Uni a suspendu, à compter du 26 mars 2026, la délivrance de visas étudiants aux ressortissants de plusieurs pays dont le Cameroun, invoquant une forte hausse des demandes d’asile déposées par des titulaires de ce type de visa — une décision qui a suscité l’incompréhension chez de nombreux étudiants camerounais engagés dans des démarches d’inscription. Le nouveau pacte européen sur la migration et l’asile, entré en application le 12 juin 2026, ajoute par ailleurs une couche de règles supplémentaires à un système déjà complexe pour les candidats à l’installation régulière en Europe.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Suspension visas étudiants britanniques | 26 mars 2026, motif : hausse des demandes d’asile |
| Nouveau pacte européen migration/asile | Applicable depuis le 12 juin 2026 |
| Routes actives identifiées par l’OIM | Maroc → Ceuta / Canaries ; route libyenne (en recul) |
Source : InfoMigrants, Organisation internationale pour les migrations (OIM), 2026.
Le chômage des jeunes, moteur structurel du départ
Les témoignages recueillis par la presse auprès de candidats à l’émigration irrégulière convergent sur un point : le départ est vécu moins comme un choix que comme une stratégie de survie, nourrie par le chômage local, la comparaison avec des parcours de réussite relayés sur les réseaux sociaux, et l’absence de perspective à court terme sur le marché du travail national. Ce constat rejoint directement le diagnostic déjà posé par ce dossier sur le sous-emploi : sans « choc d’offre » productif capable d’absorber les nouveaux entrants sur le marché du travail, la pression migratoire chez les jeunes Camerounais a peu de raisons de se relâcher.
Le durcissement des politiques d’accueil européennes ne traite pas la cause du départ : tant que l’écart entre les nouveaux entrants sur le marché du travail camerounais et les emplois effectivement créés ne se réduit pas, la pression migratoire restera alimentée à la source. — Analyse Horizons 237
Sources
- Organisation internationale pour les migrations (OIM), 2026
- InfoMigrants, couverture Cameroun, 2026
- Presse panafricaine (afrikactus.com, allAfrica), 2026
- INS/MINEPAT, indicateurs de l’emploi, 2025
Dossiers : Cameroun 2030 : le défi de l'émergence
