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Finances publiques

Finances publiques : la dette à l’épreuve des chocs

Désiré Kaffo août 5, 2026 5 min de lecture 0 alertes

Depuis plusieurs années, la trajectoire budgétaire du Cameroun ressemble à une équation de plus en plus difficile à résoudre. D’un côté, des recettes pétrolières en chute libre et une pression fiscale non pétrolière qui peine à décoller. De l’autre, une masse salariale qui continue de croître et une dette publique qui se rapproche dangereusement des seuils d’alerte. Le ministère des Finances doit désormais arbitrer entre plusieurs urgences, sans filet.

Un déficit qui se creuse malgré les efforts

En 2025, les recettes internes totales se sont élevées à 4 928 milliards de francs CFA, soit 92,2% de l’objectif fixé par la loi de finances rectificative. Les recettes pétrolières, elles, se sont effondrées : seulement 567 milliards, soit 88,4% de la cible, amputées par le déclin structurel de la production d’hydrocarbures. Face à des dépenses totales de 5 752 milliards, en hausse de 4,3% sur un an, le déficit budgétaire global atteint 714,3 milliards de francs CFA, soit 2,1% du PIB — largement au-dessus des 0,8% initialement prévus.

La dette publique directe s’établit à 13 776 milliards de francs CFA, soit 40,3% du PIB. Le chiffre reste sous le seuil communautaire de 70% fixé par la CEMAC, mais la trajectoire inquiète : la charge de la dette, qui absorbait déjà 28,3% des recettes internes en 2024, pourrait dépasser 53,5% d’ici 2028 selon les projections officielles. Un basculement qui réduirait mécaniquement l’espace budgétaire disponible pour l’investissement et les dépenses sociales.

Indicateur de vulnérabilité Valeur
Effectif de la fonction publique 388 997 agents
Masse salariale / recettes fiscales 40,1%
Pression fiscale hors pétrole 12,7%
Service de la dette / recettes fiscales 35,7%
Taux d’investissement 18,6%

Source : MINFOPRA/MINFI/CAA/INS, 2026

Autre signal de tension : les restes à payer de l’État atteignent 964,9 milliards de francs CFA, dont 58,3% accumulés depuis plus de trois mois — un indicateur direct des difficultés de trésorerie que rencontrent régulièrement les fournisseurs et prestataires de l’administration.

Des réformes engagées, mais un chantier encore ouvert

Le gouvernement a lancé plusieurs réformes pour moderniser la gestion des finances publiques : le système AIGLES pour la gestion des effectifs et de la solde, l’approfondissement de la budgétisation par programme (PPBS), la mise en place d’un Compte Unique du Trésor logé à la BEAC, et un plan triennal d’apurement des arriérés de paiement. Ces outils doivent, à terme, améliorer la traçabilité et l’efficacité de la dépense publique. Mais la pression fiscale non pétrolière reste inférieure à 13% du PIB, loin de l’objectif de 17% fixé par la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030, et les entreprises publiques déficitaires — à l’image de la SONARA, de CAMRAIL ou de CAMWATER — continuent de représenter un risque budgétaire latent.

Six périls identifiés par les autorités elles-mêmes

Le rapport 2025 du ministère de l’Économie ne se contente pas de dresser un état des lieux : il cartographie six risques macro-budgétaires majeurs susceptibles de fragiliser davantage les équilibres publics.

Le premier tient à un éventuel ralentissement de la zone euro, principal débouché des exportations camerounaises, qui réduirait les recettes douanières. Le deuxième concerne la persistance de l’inflation au-dessus du seuil de 3%, qui contraindrait la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) à maintenir des conditions monétaires restrictives, pénalisant le crédit au secteur privé. Le troisième, jugé de probabilité élevée, porte sur la dégradation des conditions climatiques — sécheresses ou inondations susceptibles de peser à la fois sur les recettes fiscales et sur les dépenses d’urgence.

Le quatrième risque touche à la conformité financière internationale : un maintien, voire une aggravation, du classement du Cameroun par le Groupe d’Action Financière (GAFI) limiterait l’accès aux relations bancaires correspondantes et au financement extérieur. Le cinquième, également classé à probabilité élevée, est celui de l’accroissement continu de la dette publique. Le sixième, enfin, concerne les passifs conditionnels liés aux partenariats public-privé — garanties de revenus ou couvertures de change — dont la matérialisation pourrait représenter jusqu’à deux points de PIB.

Des mesures d’atténuation, mais pas de solution miracle

Pour chacun de ces risques, le gouvernement affiche des pistes d’atténuation : diversification des débouchés commerciaux via la Zone de libre-échange continentale africaine, constitution d’un fonds national de contingence climatique, accélération du plan d’actions GAFI, ou encore intégration d’un scénario de stress lié aux PPP dans les analyses de viabilité de la dette. Autant de chantiers qui demandent du temps, des moyens humains et une coordination interministérielle que l’évaluation à mi-parcours de la SND30 juge encore perfectible.

Risque Probabilité Incidence
Baisse de la demande extérieure Moyenne Élevée
Inflation élevée Moyenne Élevée
Dégradation climatique Élevée Élevée
Restriction financière (GAFI) Moyenne Élevée
Accroissement de la dette Élevée Élevée
Passif conditionnel PPP Moyenne Élevée

Source : MINEPAT/DGEPIP, 2026

Le message des experts est sans détour : sans une mobilisation plus vigoureuse des recettes non pétrolières et une maîtrise plus stricte des dépenses courantes, la marge de manœuvre budgétaire du Cameroun continuera de se réduire, précisément au moment où le pays a le plus besoin d’investir pour tenir le cap de son émergence.

« La soutenabilité de la dette n’est pas qu’un ratio : c’est la capacité de l’État à continuer d’investir sans dépendre exclusivement de financements extérieurs de plus en plus onéreux. » — Analyse Horizons 237, d’après une note de la Caisse Autonome d’Amortissement, 2026

Sources

  • MINFI/DP, Tableau de bord des finances publiques, 2026
  • Caisse Autonome d’Amortissement (CAA), 2026
  • MINEPAT/DGEPIP, Rapport sur l’économie camerounaise, 2025
  • MINEPAT/CNSE-SND30, Rapport d’évaluation à mi-parcours, 2025

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