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Désiré Kaffo

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Économie Premium

Gaz domestique : les nouveaux centres emplisseurs

Le taux de pénétration du gaz domestique au Cameroun ne dépasse pas 40%, contre 70% dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest comparables, alors que la consommation nationale progresse de 5 à 7% par an. Pour combler cet écart, le pays a engagé un programme d'extension de ses capacités de stockage et de distribution : une sixième sphère à Bonabéri porte la capacité du site à 3 500 tonnes, un centre emplisseur de 200 tonnes par jour est désormais opérationnel à Bamenda, et Maroua et Bertoua ont pris le relais, pendant qu'Ebolowa et Kumba sont en construction. L'objectif affiché par la filière est ambitieux : porter le taux de pénétration à 70% d'ici 2030, tout en faisant baisser le prix de la bouteille de 8 500 à 6 500 francs CFA. Un objectif qui suppose de tripler la cadence actuelle des chantiers. La question centrale reste celle du calendrier et du financement : ce rythme d'extension est-il tenable jusqu'à l'échéance de 2030, dans un contexte budgétaire déjà sous tension ?

Par Désiré Kaffo · août 27, 2026 · 2 min de lecture
Société

Insécurité alimentaire : les ménages face aux prix

Plus de 500 000 personnes restent déplacées dans la région de l'Extrême-Nord, fuyant les violences persistantes de Boko Haram et les inondations récurrentes, dont 40 000 nouveaux déplacés recensés sur les seuls mois de février et mars 2026. Les prix du riz et du maïs ont augmenté de 11 à 16% sur un an, portant le panier alimentaire minimum à environ 12 395 francs CFA par personne et par mois — un niveau que de nombreux ménages vulnérables ne peuvent plus atteindre. Dans les grandes villes, jusqu'à 100 000 personnes déplacées vivraient en situation de précarité alimentaire à Douala et à Yaoundé. Cette hausse des prix s'inscrit dans un contexte plus large de renchérissement des importations alimentaires, lui-même amplifié par le choc pétrolier de 2026 et la hausse des coûts de transport qui en découle directement. La question centrale que pose cette crise dépasse le seul secteur agricole : comment un pays déjà confronté à un arbitrage budgétaire serré peut-il financer une réponse humanitaire d'urgence sans creuser davantage son déficit ?

Par Désiré Kaffo · août 26, 2026 · 2 min de lecture
Économie Premium

Fiscalité : mobiliser des recettes sans étouffer l’économie

12,7% du PIB : c'est le niveau actuel de la pression fiscale hors pétrole au Cameroun, l'un des plus bas d'Afrique subsaharienne, contre un objectif de 17% fixé par la SND30 pour 2030. L'écart représente environ 4,3 points de PIB, soit approximativement 1 500 milliards de francs CFA de recettes potentielles non mobilisées chaque année — une somme qui suffirait, à elle seule, à quasiment effacer le déficit budgétaire de 714,3 milliards enregistré en 2025. Combler cet écart suppose d'élargir l'assiette fiscale, de lutter plus efficacement contre la fraude, et de faire basculer une partie du secteur informel, qui absorbe environ 90% des actifs, vers l'économie formelle. Des mesures ont déjà été engagées, comme l'Impôt Général Synthétique pour les petits opérateurs ou la baisse ciblée de l'impôt sur les sociétés pour les PME, mais leur effet reste limité au regard de l'ampleur du besoin. La question centrale reste celle du calendrier : à quel rythme ces réformes peuvent-elles produire des résultats tangibles, sans casser une économie déjà fragilisée par le choc pétrolier de 2026 ?

Par Désiré Kaffo · août 25, 2026 · 2 min de lecture
Société

Culture camerounaise : quel patrimoine, quelle émergence ?

Dix-huit sites en liste indicative de l'UNESCO, plus de 250 groupes ethniques et autant de langues vivantes : le patrimoine culturel camerounais figure parmi les plus riches d'Afrique centrale. Pourtant, ce patrimoine reste largement sous-valorisé, et le secteur culturel ne contribue qu'à une part marginale du PIB national. De nombreux sites patrimoniaux manquent d'entretien régulier, les infrastructures touristiques d'accueil demeurent insuffisantes, et la promotion internationale reste ponctuelle plutôt que structurée dans la durée. Le ministère des Arts et de la Culture inscrit pourtant explicitement son action dans le cadre de la SND30, défendant l'idée que la culture agit à la fois comme ciment de l'unité nationale et comme moteur économique potentiel, via les industries créatives et le tourisme culturel. Mais cette ambition reste sous-financée au regard des autres priorités budgétaires du pays. La question centrale reste posée aux décideurs : la culture restera-t-elle un slogan identitaire, ou deviendra-t-elle un secteur économique à part entière d'ici 2030 ?

Par Désiré Kaffo · août 24, 2026 · 2 min de lecture
Société

Transports urbains : la mobilité à Douala et Yaoundé

Douala et Yaoundé concentrent à elles seules près de 5,5 millions d'habitants, et leurs infrastructures de transport n'ont pas suivi le rythme de cette croissance urbaine. Le parc automobile a fortement augmenté ces dernières années, sans extension comparable du réseau routier ni des transports collectifs formels, laissant motos-taxis et minibus informels combler l'essentiel de la demande de mobilité quotidienne. Les embouteillages allongent considérablement les temps de trajet, la pollution atmosphérique s'aggrave, et la sécurité routière reste préoccupante à l'échelle nationale. Le coût économique précis de cette congestion reste difficile à chiffrer pour le Cameroun, faute d'étude nationale dédiée récente, mais son effet sur la logistique des entreprises et l'attractivité résidentielle des deux métropoles est documenté dans plusieurs analyses régionales comparables. La question centrale reste celle de la méthode : la régulation du secteur informel des transports doit-elle viser sa suppression, ou son intégration progressive dans un réseau structuré et complémentaire aux transports publics à construire ?

Par Désiré Kaffo · août 23, 2026 · 2 min de lecture
Éducation

Éducation : la qualité face à la massification

80,7% d'achèvement du primaire en 2025, contre 67% en 2018 : le Cameroun a massifié l'accès à l'école primaire à un rythme rapide depuis le lancement de la SND30. Mais l'objectif de 100% fixé pour 2030 reste hors d'atteinte au rythme actuel, et le taux de scolarisation secondaire, lui, stagne autour de 47%, loin de la cible de 58%. Plus préoccupant encore : le poids relatif de la formation technique et professionnelle a reculé, passant de 22,2% en 2014 à 18,8% aujourd'hui, alors même que cette filière est censée alimenter directement les secteurs industriels prioritaires de la stratégie nationale. Les disparités régionales entre le Septentrion et le reste du pays restent marquées, et les résultats aux évaluations internationales disponibles pour le Cameroun demeurent faibles. La question centrale que pose ce contraste est simple à formuler : une massification scolaire réussie, mais dont la qualité reste incertaine, peut-elle produire le capital humain dont l'industrialisation camerounaise a besoin d'ici 2030 ?

Par Désiré Kaffo · août 22, 2026 · 2 min de lecture
Société

Protection sociale : un filet encore trop lâche

22% de couverture sociale en 2018, environ 25% en 2025 : la progression est réelle, mais elle laisse le Cameroun à mi-chemin de l'objectif de 50% fixé par la SND30 pour 2030. Le contraste est frappant avec la réalité du marché du travail national, où environ 90% des actifs évoluent dans l'économie informelle, largement en dehors de tout système de protection contributif. Le système repose aujourd'hui sur un empilement de dispositifs plutôt que sur une architecture intégrée : régime contributif classique, assurance volontaire, transferts monétaires ciblés vers 44 500 ménages vulnérables, et Couverture Santé Universelle en cours de généralisation. Seuls 515 649 travailleurs informels bénéficient à ce jour d'une prestation sociale, sur des dizaines de millions d'actifs informels. Le Registre Social Unifié, censé cibler efficacement l'aide sociale, n'a intégré que 189 000 ménages. La question centrale reste budgétaire autant qu'institutionnelle : sans élargissement de la base contributive, l'écart entre l'ambition affichée pour 2030 et la réalité du terrain peut-il vraiment se refermer ?

Par Désiré Kaffo · août 21, 2026 · 2 min de lecture
Économie Premium

Diaspora camerounaise : la manne qui cherche son canal

700 milliards de francs CFA : c'est l'estimation des transferts annuels de la diaspora camerounaise en 2025, contre 585 milliards en 2015. Ce flux, en progression constante sans la moindre politique publique dédiée, dépasse déjà en volume plusieurs lignes de financement extérieur négociées de haute lutte par l'État. La SND30 prévoyait depuis 2020 quatre instruments précis pour canaliser cette manne vers l'investissement productif : un fonds d'investissement de la diaspora, des "diaspora bonds", un guichet unique et une fiscalité incitative. Cinq ans plus tard, aucun de ces instruments n'est opérationnel à l'échelle nationale. Les hypothèses avancées pour expliquer ce retard tiennent à la fois à la notation souveraine du pays, peu propice à l'émission d'obligations dédiées, et à l'absence de structure de gouvernance rendue publique pour un futur fonds. La question centrale reste entière : combien de temps la SND30 peut-elle laisser un flux de cette ampleur transiter sans cadre structuré, alors que l'État peine par ailleurs à mobiliser des financements extérieurs classiques ?

Par Désiré Kaffo · août 20, 2026 · 3 min de lecture
Tribune Premium

Rwanda-Cameroun : un retard de dispositif, pas de moyens

Un score de maturité institutionnelle de 76 points sur 92 pour le Rwanda, contre 47 sur 92 pour le Cameroun, selon un audit comparatif portant sur 24 secteurs socio-économiques : le Cameroun a pourtant un PIB près de quatre fois supérieur, une capacité électrique installée cinq fois plus élevée, et un territoire dix-huit fois plus vaste que son comparateur est-africain. Cette tribune soutient une thèse précise, documentée par des sources officielles des deux pays : l'écart entre les deux nations ne tient pas à un déficit de ressources, mais à un déficit de dispositif — cibles chiffrées publiées, régulateurs qui mesurent, systèmes administratifs interconnectés plutôt que cloisonnés. Elle documente également, sans complaisance, les fragilités propres au modèle rwandais, entre espace civique fermé et dette extérieure élevée. Les atouts camerounais inexploités, du mobile money au patrimoine touristique, y sont détaillés avec la même rigueur. La question centrale que pose cette tribune reste ouverte aux décideurs camerounais : la priorité politique nécessaire pour combler cet écart de dispositif sera-t-elle enfin accordée, alors que les ressources, elles, sont déjà là ?

Par Désiré Kaffo · août 19, 2026 · 11 min de lecture
Environnement

Plan National Climat : cinq chantiers pour la résilience

Un plan stratégique cohérent sur le papier, mais dont la crédibilité dépendra de sa traduction en budgets tracés et en capacités locales réellement opérationnelles : cinq chantiers concrets conditionnent la mise en œuvre effective du Plan National Climat camerounais, adopté en juillet 2025. Des budgets climatiques traçables, où chaque programme prioritaire identifie clairement son coût et son calendrier ; des collectivités locales équipées, en première ligne face aux inondations et aux sécheresses ; une agriculture réellement adaptée, entre semences résistantes et assurance indicielle ; un mix énergétique diversifié, pour compenser la dépendance à une hydroélectricité déjà mise à l'épreuve lors des périodes d'étiage ; et un financement mobilisé à la hauteur de l'ambition affichée, entre budget national, Fonds vert pour le climat et partenariats public-privé verts. Pris séparément, chacun de ces chantiers relève de l'évidence. La question centrale reste dans leur exécution simultanée : ce sont ces cinq chantiers, pris ensemble et suivis dans la durée, qui distingueront un plan resté sur le papier d'un plan qui change réellement l'exposition du pays aux prochains chocs climatiques.

Par Désiré Kaffo · août 18, 2026 · 3 min de lecture