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Présidentielle 2025 : une crise toujours ouverte

Désiré Kaffo août 30, 2026 4 min de lecture 0 alertes

Le Conseil constitutionnel a proclamé Paul Biya vainqueur de la présidentielle du 12 octobre 2025 avec 53,66% des suffrages, contre 35,19% pour Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre devenu opposant. Ce dernier revendique depuis une « victoire claire » et se présente comme « président élu par le peuple ». Près d’un an après le scrutin, ce désaccord sur les résultats n’a pas été tranché par un mécanisme reconnu par les deux camps, et continue de peser sur le fonctionnement des institutions — un contexte politique qui éclaire, en creux, plusieurs autres sujets déjà traités dans ce dossier, de la vacance présidentielle à l’absence de nouveau gouvernement.

Ce que disent les résultats officiels

Le scrutin du 12 octobre 2025 a été supervisé par le Conseil constitutionnel, seule instance habilitée à proclamer les résultats définitifs au Cameroun. Sa décision attribue à Paul Biya un huitième mandat, avec investiture le 6 novembre 2025. Le Front pour le Salut National du Cameroun (FSNC) d’Issa Tchiroma Bakary conteste ce décompte et affirme avoir recueilli une majorité absolue, sans toutefois avoir apporté de décompte alternatif certifié par une instance indépendante reconnue.

Une contestation qui a débouché sur des violences

Des manifestations ont éclaté après la proclamation, notamment à Douala et à Garoua, fief électoral de M. Tchiroma. Des affrontements avec les forces de l’ordre ont fait des morts et des blessés parmi les civils ; l’opposition avance un bilan de plusieurs dizaines de morts et plusieurs milliers d’arrestations, des chiffres qui n’ont pas été confirmés de manière indépendante et que les autorités n’ont pas commentés publiquement dans le détail. Plusieurs collaborateurs de M. Tchiroma ont depuis été déférés devant la justice, y compris devant le Tribunal militaire de Yaoundé pour certains civils, une pratique qui interroge des organisations de défense des droits humains sur la nature des procédures engagées.

Candidat Résultat officiel (Conseil constitutionnel)
Paul Biya (RDPC) 53,66%
Issa Tchiroma Bakary (FSNC) 35,19%

Source : Conseil constitutionnel du Cameroun, proclamation officielle, octobre 2025.

Un exil et une opposition qui se fragmente

Issa Tchiroma Bakary vit depuis en exil en Gambie, où il a été accueilli le 7 novembre 2025. Il a saisi la justice française le 12 juin 2026, puis la justice suisse en juillet 2026 — ce second recours visant spécifiquement les séjours réguliers de Paul Biya en Suisse — sur le fondement de la compétence universelle, pour des violences qu’il qualifie de « massacres et actes de répression ». L’issue judiciaire de ces démarches reste, selon les spécialistes du droit international consultés dans la presse, très incertaine. Sur le plan intérieur, le bloc d’opposition qui s’était formé autour de sa candidature s’est fragilisé : le parti MANIDEM a officialisé sa rupture avec le FSNC au printemps 2026, et plusieurs figures qui l’avaient soutenu, dont l’avocate Alice Nkom, ont publiquement pris leurs distances, s’interrogeant sur la capacité de son opposant à peser depuis l’exil.

« Je serai très bientôt parmi vous. » — Issa Tchiroma Bakary, message adressé depuis son exil en Gambie, janvier 2026

Pourquoi ce sujet concerne la SND30

Ce climat de contestation politique n’est pas séparé des enjeux économiques traités par ailleurs dans ce dossier. L’absence de nouveau gouvernement depuis l’investiture, documentée dans notre article sur les 74 jours d’absence présidentielle, s’inscrit dans ce contexte plus large d’incertitude politique. De même, la notation souveraine du pays et la perception du risque politique par les agences de notation et les investisseurs internationaux ne peuvent se lire indépendamment de cette crise non résolue.

Sources

  • Conseil constitutionnel du Cameroun, proclamation des résultats, octobre 2025
  • Jeune Afrique, couverture continue de la crise post-électorale, 2025-2026
  • Presse camerounaise (allAfrica, 237online.com, camer.be), 2026
  • Human Rights Watch, rapports sur le Cameroun

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