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Diaspora camerounaise : la manne qui cherche son canal

Désiré Kaffo août 20, 2026 3 min de lecture 0 alertes

Environ 700 milliards de francs CFA. C’est l’estimation la plus récente des transferts annuels de la diaspora camerounaise, en progression par rapport aux 585 milliards recensés en 2015. Ce flux, largement composé de transferts familiaux, dépasse déjà en volume plusieurs enveloppes de financement extérieur négociées de haute lutte par l’État. La SND30 en a fait un axe explicite de sa stratégie de financement, avec des instruments précis : fonds d’investissement de la diaspora, « diaspora bonds », guichet unique et fiscalité attractive pour les investissements productifs. Cinq ans après le lancement de la stratégie, aucun de ces instruments n’est opérationnel à l’échelle nationale.

Un flux déjà supérieur à bien des financements classiques

La progression des transferts de la diaspora camerounaise sur la dernière décennie n’est pas marginale : elle représente une hausse d’environ 20% en valeur nominale entre 2015 et aujourd’hui, sans qu’aucune politique publique dédiée n’ait été nécessaire pour l’obtenir. Ce constat interpelle les planificateurs du MINEPAT : un flux de cette ampleur, mobilisé sans incitation particulière, laisse penser qu’un cadre d’investissement structuré pourrait démultiplier l’effet de levier, au-delà de la seule consommation des ménages bénéficiaires.

Indicateur Valeur
Transferts de la diaspora (2015) 585 Md FCFA
Transferts de la diaspora (estimation récente) ~700 Md FCFA
Instruments SND30 prévus Fonds diaspora, diaspora bonds, guichet unique
Instruments opérationnels à ce jour Aucun à l’échelle nationale

Source : SND30, MINEPAT, 2025.

Ce que la SND30 avait prévu

Le texte de la stratégie est précis sur les instruments à mobiliser. Quatre mesures figurent explicitement dans la matrice des réformes : la création d’un fonds d’investissement de la diaspora, la mise en place de « diaspora bonds » — des obligations souveraines ou semi-souveraines réservées aux Camerounais de l’étranger —, la facilitation des investissements productifs via un guichet unique et une fiscalité incitative, et le renforcement de la représentation de la diaspora dans les instances politiques.

Pourquoi ces instruments tardent

Aucun rapport d’évaluation consulté pour ce dossier n’explique en détail les raisons du retard. Deux hypothèses reviennent cependant dans les analyses disponibles sur la stratégie. D’une part, un diaspora bond suppose une crédibilité de signature et un cadre juridique transfrontalier que la notation souveraine actuelle du pays (B- chez S&P, Caa1 chez Moody’s) ne facilite pas nécessairement. D’autre part, la création d’un fonds dédié suppose une gouvernance et une structure de gestion des risques qui n’ont, à ce stade, pas été rendues publiques.

Un flux de 700 milliards de francs CFA mobilisé sans aucune politique publique dédiée pose une question simple aux planificateurs : que produirait ce même flux, une fois canalisé par un instrument d’investissement structuré ? — Analyse Horizons 237

Sources

  • MINEPAT, Stratégie Nationale de Développement 2020-2030
  • Agences de notation S&P, Moody’s, 2025
  • MINEPAT/DGEPIP, Rapport sur l’économie camerounaise, 2025

Lecture offerte 2/3 ce mois-ci.

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