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Environnement

Plan National Climat : l’urgence d’agir

Désiré Kaffo août 17, 2026 4 min de lecture 0 alertes

Le Cameroun a adopté son Plan National Climat en juillet 2025, un outil censé intégrer pleinement les enjeux climatiques dans les politiques publiques. Mais sa mise en œuvre reste encore balbutiante, alors que le pays figure parmi les plus exposés d’Afrique centrale aux dérèglements climatiques. Pourquoi cette urgence devient-elle une priorité pour l’émergence elle-même ?

Une vulnérabilité climatique élevée

Le Cameroun cumule plusieurs types de risques climatiques majeurs : des sécheresses récurrentes dans le Septentrion, des inondations dans le Littoral et l’Extrême-Nord, des glissements de terrain sur les Hauts-Plateaux, et une érosion côtière préoccupante dans le Sud-Ouest. Ces aléas ne sont pas de simples désagréments locaux : ils frappent directement l’économie nationale, avec des pertes de récoltes et une insécurité alimentaire aggravée pour l’agriculture, une baisse de la production hydroélectrique en période d’étiage — Nachtigal compris —, la destruction récurrente de routes et de ponts, et une amplification des épidémies comme le choléra ou le paludisme. Les pertes économiques liées à un choc climatique majeur sont estimées à plusieurs centaines de milliards de francs CFA par an.

Un cadre stratégique récent

Adopté par arrêté du Premier ministre le 11 juillet 2025, le Plan National Climat fixe quatre objectifs : réduire les émissions de gaz à effet de serre de 35% d’ici 2030, renforcer la résilience des populations et des infrastructures face aux aléas, intégrer systématiquement le climat dans les politiques sectorielles, et mobiliser les ressources nécessaires à la transition.

Axe stratégique Action Institution pilote
Agriculture Agriculture intelligente face au climat MINADER
Énergie Mix énergétique bas carbone MINEE
Forêts Lutte contre la déforestation, reboisement MINFOF
Eau Gestion intégrée des ressources MINEE
Ville Urbanisation durable MINHDU

Source : MINEPDED, Plan National Climat, 2025

Des progrès réels, une mise en œuvre encore fragile

Plusieurs jalons ont été posés depuis 2020 : la révision de la Contribution Déterminée au Niveau National en 2021, l’adoption du Plan National Climat lui-même en juillet 2025, l’annexion d’un budget sensible au climat à la loi de finances 2026, l’intégration des considérations climatiques dans la maturation des projets publics via un décret de juin 2025, et l’adoption d’une stratégie de financement des risques de catastrophe. Mais ces avancées restent fragiles : le plan est trop récent pour avoir produit des effets tangibles, les ressources financières demeurent insuffisantes, la coordination entre ministères reste faible, et les collectivités territoriales décentralisées ne sont pas encore pleinement associées à sa mise en œuvre.

Le nerf de la guerre : le financement

Le coût de la mise en œuvre du Plan National Climat sur la période 2025-2030 se chiffre en plusieurs milliers de milliards de francs CFA. Face à cette ampleur, les sources de financement mobilisables restent limitées : une part modeste du budget de l’État, un accès encore restreint au Fonds vert pour le climat, des concours des banques de développement comme la BAD ou la Banque mondiale, des partenariats public-privé verts encore à construire, et la Facilité pour la Résilience et la Durabilité du FMI, qui a permis un décaissement de 82,7 milliards de francs CFA en 2025.

Aux difficultés de financement s’ajoutent des limites de capacités institutionnelles : le ministère en charge de l’Environnement dispose d’une capacité de coordination encore faible, les collectivités locales sont peu outillées pour intégrer les enjeux climatiques dans leurs projets, et le secteur privé reste globalement peu sensibilisé à ces questions.

Pourquoi le climat conditionne l’émergence

Le lien entre résilience climatique et réussite de la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 n’a rien d’accessoire. L’agriculture emploie 45% de la population active camerounaise ; l’hydroélectricité fournit 80% de l’électricité nationale ; les routes, ponts et bâtiments publics restent largement vulnérables aux aléas ; les épidémies s’aggravent avec le dérèglement climatique ; et chaque choc climatique majeur pèse directement sur des finances publiques déjà sous tension, en cumulant hausse des dépenses d’urgence et baisse des recettes fiscales.

« Le Plan National Climat n’est pas un document de plus. C’est une feuille de route pour la résilience. Sa mise en œuvre est une condition de l’émergence. » — Analyse Horizons 237, d’après le rapport gouvernemental d’adoption du plan (MINEPDED, 2025)

Reste à transformer cette feuille de route en actions concrètes, financées et coordonnées — le véritable test des prochaines années.

Sources

  • MINEPDED, Plan National Climat 2025-2030
  • MINEPAT/MINEPDED, suivi budgétaire climat, 2025
  • Fonds Monétaire International, Facilité pour la Résilience et la Durabilité, 2025
  • MINEPAT, Stratégie Nationale de Développement 2020-2030

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