Souveraineté numérique : une feuille de route open source
Le logiciel libre n’est ni une gratuité automatique ni une solution magique. C’est un modèle qui permet d’utiliser, d’étudier, de modifier et de redistribuer le code source, et qui peut soutenir une véritable stratégie de souveraineté numérique — à condition d’être mis en œuvre par étapes réalistes, plutôt que par déclaration d’intention.
Commencer par les usages maîtrisables
La bureautique, les plateformes éducatives, certains services de santé de première ligne et les outils de gestion interne de l’administration constituent des terrains de migration progressive, à faible risque opérationnel. Chaque projet doit néanmoins intégrer dès le départ les coûts réels de support, de formation, de sécurité et d’interopérabilité avec les systèmes existants — des coûts souvent sous-estimés dans les discours généraux sur la gratuité du logiciel libre.
Former avant de migrer
Le principal actif d’une stratégie de souveraineté numérique n’est pas le logiciel lui-même : ce sont les compétences humaines capables de le déployer, de le maintenir et de le faire évoluer. Sans un plan de formation des agents publics et des développeurs locaux en amont de toute migration, le risque est de remplacer une dépendance à un fournisseur étranger par une dépendance équivalente à un prestataire unique, sans gain réel de souveraineté.
Une feuille de route en quatre étapes
| Étape | Contenu |
|---|---|
| 1. Cartographier | Recenser les logiciels propriétaires en usage dans l’administration et leur coût de licence annuel |
| 2. Prioriser | Identifier les usages à faible risque et fort potentiel d’économies pour une première vague de migration |
| 3. Former | Déployer un plan de formation des agents publics et soutenir les développeurs locaux avant tout déploiement |
| 4. Institutionnaliser | Créer une structure dédiée avec mandat opérationnel sur l’architecture numérique de l’État, plutôt que de répartir la compétence entre plusieurs entités |
Un choix politique autant que technique
Aucune de ces quatre étapes n’exige une rupture brutale avec l’existant. Mais chacune exige une décision claire de gouvernance, portée dans la durée, plutôt qu’un projet pilote isolé sans suite. C’est précisément ce qui a permis à d’autres pays de transformer le logiciel libre en levier réel de souveraineté numérique, plutôt qu’en simple slogan technologique.
« Le logiciel libre n’est pas un gadget. C’est un outil stratégique pour la souveraineté numérique, pour l’économie, pour l’innovation. » — Dr Raoul Djomeni, spécialiste du numérique, Université de Dschang
Sources
- MINPOSTEL, état des lieux du numérique public, 2025
- Free Software Foundation, définition et principes du logiciel libre
- Open Source Initiative, exemples de déploiements en Afrique, 2025
Dossiers : Cameroun 2030 : le défi de l'émergence
