Capital humain : investir avant que la démographie ne pèse
Le capital humain est le point de rencontre entre éducation, santé, protection sociale et productivité économique. Les progrès enregistrés au Cameroun depuis 2020 sont réels, mais ils ne compensent pas encore les écarts persistants de qualité et d’accès — au moment même où la démographie du pays s’accélère.
Apprendre plus ne suffit pas
Le taux d’achèvement du primaire atteint désormais 80,7%, contre 67% en 2018 : une progression réelle et rapide. Mais la qualité des apprentissages, les disparités régionales entre le Septentrion et le reste du pays, la pratique effective du bilinguisme et la place trop réduite de l’enseignement technique et professionnel restent des défis structurants — le genre de défis qu’un taux d’achèvement, aussi flatteur soit-il, ne suffit pas à mesurer.
La santé progresse, les inégalités persistent
La Couverture Santé Universelle a enrôlé plus de quatre millions de personnes en deux ans, dépassant sa propre cible intermédiaire. Mais la mortalité maternelle reste très supérieure à l’objectif fixé pour 2030, le financement public de la santé demeure inférieur au seuil de 5% du budget de l’État visé par la stratégie, et l’accès aux soins reste très inégalitaire entre les villes et les zones rurales.
| Indicateur | Baseline | 2025 | Objectif 2030 |
|---|---|---|---|
| Taux d’achèvement du primaire | 67% (2018) | 80,7% | 100% |
| Personnes enrôlées à la CSU | 0 (2023) | 4 256 165 | — |
| Espérance de vie | 51 ans (2000) | 58 ans | 62-65 ans |
| Mortalité maternelle (pour 100 000) | 782 (2011) | 464 | 70 |
Source : MINSANTE/INS, 2025 ; MINEPAT/CNSE-SND30, 2025.
Une démographie qui n’attend pas
Plus de 60% des Camerounais ont moins de 25 ans. C’est un atout considérable si le système éducatif et sanitaire parvient à transformer cette jeunesse en compétences productives — et un risque tout aussi considérable si l’écart entre le nombre de jeunes formés et le nombre d’emplois disponibles continue de se creuser. Le capital humain n’est pas qu’un enjeu social : c’est une condition de la transformation structurelle elle-même, puisqu’aucune industrialisation ne peut s’appuyer durablement sur une main-d’œuvre insuffisamment qualifiée.
Ce que cela signifie pour les priorités budgétaires
Le rapport d’évaluation à mi-parcours de la SND30 est clair sur ce point : les investissements dans l’éducation et la santé ne sont pas des dépenses sociales déconnectées de la stratégie économique, ils en sont un pilier à part entière. Différer ces investissements au nom de contraintes budgétaires de court terme — aussi réelles soient ces contraintes, notamment depuis le choc pétrolier de 2026 — revient à hypothéquer la capacité productive du pays pour la décennie suivante.
« L’apprentissage réel recule et les résultats aux évaluations internationales restent faibles : la qualité de l’éducation, pas seulement son accès, doit devenir la priorité de la seconde moitié de la SND30. » — Analyse Horizons 237, d’après le rapport d’évaluation à mi-parcours (MINEPAT/CNSE-SND30, 2025)
Sources
- MINSANTE/INS, indicateurs de santé, 2025
- MINEPAT/CNSE-SND30, Rapport d’évaluation à mi-parcours, 2025
- MINTSS/CNPS, protection sociale, 2025
- Banque Mondiale, Indice de Capital Humain, 2018
Dossiers : Cameroun 2030 : le défi de l'émergence
