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Editorial

L’endurance ne saurait tenir lieu de projet de société

Désiré Kaffo septembre 6, 2026 3 min de lecture 0 alertes

Désiré Kaffo
Fondateur et Directeur de publication de Horizons 237

Il est des peuples dont la grandeur se mesure moins à leurs succès qu’à leur capacité à survivre à l’adversité. Le peuple camerounais appartient incontestablement à cette catégorie. Depuis des décennies, il affronte avec une résignation presque stoïque les épreuves qui jalonnent son quotidien : précarité persistante, infrastructures défaillantes, chômage endémique, renchérissement du coût de la vie, incertitudes sécuritaires et sentiment croissant d’abandon. N’eussent été l’abnégation, la résilience et cette force intérieure qui caractérisent nos compatriotes, le Cameroun aurait depuis longtemps sombré sous le poids de ses contradictions.

Car ce qui frappe l’observateur attentif, ce n’est pas tant l’ampleur des difficultés que l’incroyable capacité du peuple à les supporter, jour après jour, sans jamais totalement renoncer à croire en des lendemains meilleurs. Cette résilience, souvent célébrée comme une vertu, ne devrait pourtant pas devenir un alibi. Elle ne saurait constituer le fondement d’un projet national. Un peuple n’est pas destiné à vivre dans une perpétuelle logique de survie. Il aspire légitimement à la prospérité, à la justice, à la sécurité et à la dignité.

Lorsque l’héroïsme consiste simplement à parvenir à nourrir sa famille, à se soigner ou à envoyer ses enfants à l’école, c’est que quelque chose dans l’organisation collective a cessé de fonctionner normalement.

« Un peuple peut endurer beaucoup. Mais il aspire avant tout à vivre, à progresser et à transmettre à ses enfants autre chose qu’un héritage de sacrifices. » — Analyse Horizons 237

Le drame camerounais réside peut-être dans ce paradoxe : plus les difficultés s’accumulent, plus les citoyens développent des mécanismes d’adaptation qui atténuent temporairement les effets de la crise sans jamais en traiter les causes profondes. On apprend à contourner les carences, à composer avec les déficiences, à faire preuve d’ingéniosité face au manque. Cette capacité d’adaptation, admirable en elle-même, finit pourtant par banaliser l’inacceptable.

Combien de promesses ont-elles été formulées au fil des années ? Combien d’engagements ont-ils suscité l’espoir avant de se dissoudre dans les méandres des reports, des justifications et des renoncements ? À chaque échéance, les attentes renaissent ; à chaque déception, elles s’émoussent davantage. Peu à peu, la lassitude s’installe et le doute gagne du terrain. Mais aucun peuple ne peut éternellement vivre de promesses. Aucune nation ne se construit durablement sur l’attente.

Il serait toutefois erroné de céder au pessimisme. Le Cameroun dispose d’atouts considérables : une jeunesse dynamique, une diversité culturelle exceptionnelle, des ressources humaines et naturelles enviables. Ce potentiel existe. Il ne demande qu’à être libéré par une gouvernance davantage tournée vers les résultats, la responsabilité et l’intérêt général.

La conviction de Horizons 237

  • Nous croyons que le Cameroun n’est pas condamné.
  • La lucidité doit remplacer l’autosatisfaction, et l’action succéder aux promesses.
  • Une nation se relève lorsque la volonté collective rencontre le courage politique.

C’EST DIFFICILE, MAIS C’EST POSSIBLE.
Horizons 237 — Observer. Analyser. Alerter.

Source : Horizons 237, édito du n°001 (octobre-décembre 2026), signé Désiré Kaffo, fondateur et directeur de publication.

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