[Archives] Du suicide
Le suicide a, en Afrique, la même valeur symbolique que l’inceste. Synonyme d’opprobre, on le dissimule, au besoin on le nie. Se donner la mort scelle une indignité que les familles n’acceptent pas de supporter. Ce déni devenu culturel n’empêche pas la réalité de l’existence du suicide dans les sociétés africaines.
L’avènement du christianisme n’a rien arrangé. Avec sa téléologie fondée sur la culpabilisation depuis le péché originel. L’Eglise, catholique notamment, réprouve le suicide avec plus de sévérité que le meurtre. Le suicidaire défie Dieu et la sentence est sans appel. On lui refuse l’oraison funèbre (les curés font heureusement souvent font preuve de moins de rigorisme dans l’application de cette règle), on lui ferme les portes du paradis. Face à quel dilemme l’Eglise se retrouverait si un vicaire du Christ devait n’avoir pas pas droit à une messe de requiem? Un ultime asperges me?
Nous savons depuis 1897 et l’étude éponyme d’Emile Durkheim que le suicide n’est pas un épiphénomène, qu’il frappe toutes les sociétés de manière répétée et indifférenciée, qu’aucun segment de la population n’est épargné. Le déni et la réprobation n’y changent rien.
Les circonstances de la disparition de monseigneur Bala restent floues. La médecine légale aurait dû, c’est son rôle, apporter des réponses sans équivoque. Mais ses conclusions ont attisé plus de doutes qu’elles n’ont éclairés de zones d’ombre. Au point qu’il est impossible de se prononcer sur le genre de mort à quelques jours de l’inhumation de l’évêque de Bafia, sans risquer ou de se tromper ou de s’attirer des remarques désobligeantes.
À ce stade, aucune piste ne devrait être négligée. En récuser une serait s’interdire une chance sur deux d’élucider le mystère.
Djenda Mondon
