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Politique

[Archives] Macron, Malthus, la démographie africaine et la théorie du remplacement

Jean Vincent Djenda Mondon juillet 14, 2017 3 min de lecture 0 alertes

Dans l’un de ses derniers grands tubes, Ange Ebogo Emerant peignait, avec ses propres mots et ses formules, le phénomène des familles nombreuses comme un problème de société. Et ses mots n’étaient pas si tendres: « C’est bien beau d’avoir beaucoup d’enfants. Mais il faut prévoir leur encadrement. Ce n’est pas la peine d’en avoir plein et qu’on n’a rien. Pourquoi ne pas limiter le nombre qui nous convient? ». Un coup de pied dans la fourmilière, enrobé d’une mélodie dansante.

La question se pose depuis des décennies de savoir s’il est raisonnable de faire autant d’enfants qu’au début des années 1960? Une crise économique aiguë étant passée par là. Avec elle, la raréfaction du travail s’est installée et le coup de la vie en général (celui de l’éducation et de la santé en particulier) a augmenté de manière spectaculaire. Certains pays sont encore sous la coupe réglée des plans d’austérité du FMI, leur niveau d’endettement ne baisse pas, leur balance économique est toujours en déséquilibre, leur commerce extérieur en déficit, la corruption et les détournements y résistent malgré les campagnes de lutte.

Les propos de Macron, à la fois condescendants et limite racistes, ne sont pas tout à fait faux pour autant. Ils ont une certaine prise avec la réalité. S’ils ne sont pas acceptables en l’état, c’est parce qu’ils sont portés par une arrière pensée malthusienne. Laisser croître la population de l’Afrique c’est risquer de mettre en péril les derniers bastions d’une hégémonie occidentale. Explications!

La démographie est un enjeu de puissance et d’autonomie à l’échelle planétaire. Avec de fortes implications économiques, une densité croissante est un creuset de main-d’oeuvre de la moins qualifiée à la plus pointue, un marché local etc.
Notamment en Afrique où tout ou presque est encore à faire. La Chine et l’Inde sont un indicateur de l’utilité d’une population qui se renouvelle et progresse.

En France, les politiques le savent. Le sujet inquiète. La population, faute de se renouveler suffisamment, vieillit. Un français sur quatre est à la retraite. Le nombre de femme en âge de procréer recule. Le taux de natalité recule aussi: entre 1,87 et 1,93 enfants par femme en 2016 contre 1,99 en 2014. L’Europe occidentale est tout entière confrontée au même problème. Les pays africains, tel que le Cameroun dont 60% de la population a moins de 30 ans, font rêver.

Le discours de Macron n’innove donc pas en la matière. Il rappelle des propos tenus par d’autres, dont Jean Marie Le Pen, sur la nécessité d’empêcher « les races inférieures » de devenir supérieures en nombre: c’est la fameuse et fumeuse théorie dite du remplacement.

L’Afrique d’aujourd’hui doit relever d’autres défis. Notamment celui de ses régimes politiques dont le fonctionnement semble incompatible avec toute idée de développement économique. Si, pays par pays, le continent se retirait ce caillou de la chaussure, une démographie galopante serait un atout, un avantage stratégique.

Djenda Mondon

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