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Politique

[Archives] ​AUCUNE EMPATHIE POSSIBLE POUR UN PROFESSIONNEL DE VOL OU D’AGRESSION

Jean Vincent Djenda Mondon avril 10, 2017 7 min de lecture 0 alertes

@par Olive Tatio

Des professionnels d’agression, un taxi de malfrats, des jeunes, la trentaine tout au plus : le chauffeur (un spécialiste de rallye, as du volant), son co-pilote (l’intimidateur polyvalent; il manipule les armes, blanches ou à balles, destinées à neutraliser la victime et passe un coup de main physique au gros quand la victime est agitée; plus encore, c’est lui qui fouille le sac, les vêtements et même les parties intimes pour s’assurer qu’aucune part du butin ne reste inaperçue) et le troisième, le gros à l’arrière (spécialiste de « Clé 14 » et d’immobilisation des victimes (qu’il en ait appris en s’inspirant des strangulations d’Anaconda ne m’étonnerait guère). Difficile de garder son calme dans cette situation mais c’est le meilleur choix, puis une prière pour que les séquelles soient physiquement et psychologiquement acceptables. En ce moment tu te laisses faire en estimant que c’est le seul moyen d’en finir. Au mieux on te dépouille et tu es poussée d’un taxi roulant à vive allure pour un atterrissage brutal sur le goudron en espérant qu’un véhicule ne te réduise pas en miette pendant ce périple ; au pire, tu es violé(e) et/ou tué(e) au poignard ou au pistolet et abandonné(e) dans la nature avec l’espoir que ta dépouille puisse être retrouvée puis remise à ta famille…
5 Mai 2008 – Il est 18h15 environ et je suis à l’arrêt taxi devant la Pharmacie Française, Avenue Kennedy, Yaoundé. Comme tout bon camerounais désireux de rejoindre sa famille après une longue jour au boulot, je suis en mode STOP quand je suis tirée au sort : c’est un taxi de malfrat. Les visages c’est visible, on sent des novices dans la gestuelle. Ils ont encore de la compensation et plus encore parce que je me laisse faire et je capitule, ce qui en général rend moins nerveux. C’est même le gros qui récupère les puces et me les donne face à mes supplications mais je n’échappe pas à l’atterrissage sur le goudron. Des égratignures, 2 mois de cauchemars et je suis sur pied. J’ai appris qu’ils avaient été appréhendés et écroués. La vie continue….
8 Mai 2011 – C’est un dimanche. Il est 18h30 environ et je suis à l’arrêt devant le Camp SIC de Messa, Yaoundé. Je dois absolument retourner à la maison car j’ai des visiteurs en attente. C’est un dimanche et l’arrêt taxi est saturé. S’il est difficile de trouver un taxi avec moins de 3 personnes, c’est dire qu’il est pratiquement impossible d’avoir un taxi pour soi quelle que soit l’urgence. Ouf, enfin un taxi, je suis veinarde!. Non, pas tant que cela finalement, je m’en compte parce que je viens de reconnaître « le gros », puis un coup d’œil dans le rétroviseur intérieur « le chauffeur »… j’avais encore été tirée au sort mince ! Je ne sais pas s’ils se sont rendus compte que je les ai reconnu mais à peine je commence à y réfléchir, le plafonnier passe en mode Off, puis c’est le Scene Replay: Clé 14, tête en bas, arme à fleur de peau, jambes saisies, sac pris par le co-pilote, je capitule en attendant la projection sur le goudron… Hélas, cela ne se passera pas ainsi, la scène avait été revue pour un adapté plus corsé où les acteurs principaux devaient violer la victime et la laisser pour morte, baignant dans son sanglant. Ils étaient montés en puissance côté expérience, plus d’empathie, le cœur était passé par un séchoir. Je garde mon sang froid et comme la première fois ma prière interne. Cette fois-ci c’est un voyage interminable vers l’inconnu, puis dans l’obscur total quelque part, mes bourreaux me demandent de sortir du véhicule et d’aller gentiment m’étendre sur l’herbe pour attendre le défilé libidineux. Je supplie pour obtenir qu’ils m’abandonnent là et se tirent mais je n’obtiens que le reflet de l’impatience et de la colère montante. Je décide de m’allonger en me disant tu ne seras pas la première et tu tiendras le coup mais mon autre moi refuse ça ; elle me dit: ne le permets, cours autant que tu peux, quitte à être rattrapée et tuée. Choix stupide ou pas, c’est celui qui m’a semblée le plus raisonnable sur le coup mais à peine deux mètres faits, je suis rattrapée et violemment assommée, la cosse de l’arme en plein visage. Je m’écroule, je suis étourdie et les seules sensations que j’ai se rapportent à la douleur insoutenable de mon œil gauche vers le crâne, au flot de sang que je perds par les narines et à ces mains qui déchirent ma jupe alors que je me sens toute grelottante et de plus en plus vide d’esprit. Puis, je ne sens plus ces mains mais plutôt j’entends une voix qui dit : « Madame, vous entendez, vous êtes en sécurité » ; une autre encore qui dit: «regardez son agenda, il doit y avoir des numéros », une autre qui dit : « mettez-là dans ma voiture, ils ont dit CHU » … Il est 5h du matin quand je me rends compte que je suis vraiment dans un hôpital, y ayant été admise à 23h environ, soit environ 4h30 après avoir pris ce taxi. Ils ont arrêté l’hémorragie mais je ne vois pas de l’œil gauche, pire encore je ne ressens rien du côté gauche de mon visage, comme une paralysie. Cela ne s’arrête pas là; le dernier souvenir que j’ai c’est celui de la déchirure de ma jupe, donc je ne sais même pas si le viol avait eu lieu ou pas mais je suis vite rassurée par le personnel de santé qui associe à son diagnostic le témoignage des hommes des forces de sécurité à qui je dois la vie sauve. Ils n’en ont pas eu le temps parce qu’ayant été repéré par mes sauveurs. Des radios, des scanners, de la kinésithérapie, des dépenses et pas de petites, six mois d’invalidité, près d’un an et demi de cauchemars d’agressions, la phobie des véhicules jaunes…. Et la vie continue !
Chaque jour en me levant, je me demande toujours combien de personnes ont eu ma veine et je sais qu’il n’y en a pas beaucoup. Des traumatisés, des handicapés et des morts issus d’agressions de malfrats, on en compte chaque jour par centaines voire par milliers. Le crime semble un profil de carrière intéressant au Cameroun de par la prolifération de l’activité. Certains incrimineront le régime en place et ses échecs mais je ne cesserai de mettre en avant le choix personnel, un choix à vie sinon, il s’agirait d’un vol une ou deux fois pour se faire des économies et s’efforcer de vivre honnêtement. Un voleur, un braqueur, un agresseur est quelqu’un qui a fait un choix d’activité pour gagner sa vie, avantages et inconvénients soupesés, y compris le fait d’être exposé à la vindicte populaire. Je déplore ce mode de justice vu qu’il affecte des innocents mais un professionnel de vol ou d’agression pris en flagrant délit, adolescent ou adulte, dans ses débuts ou à mi-parcours de sa carrière, et assailli de coups de gourdin ou de pierres ne mérite a priori aucune sympathie dusse-t-il être mutilé et tué dans cette fureur d’un agrégat social. Le fait d’être exposé à la vindicte populaire est un signe qu’il a eu sa chance de freiner ses élans voire de stopper sa lugubre carrière mais a bonnement refusé de considérer ce message du destin.

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