[Archives] AFFAIRE KAMTO: LE POIDS MALFAISANT DU PATRIARCAT
La promotion récente de madame FANTCHOM WEGA dans son ministère de compétence a empuanti le débat public au Cameroun. Une distraction réussie, elle a permis d’oublier un moment les autres problèmes qui secouent l’opinion et qui sont peut-être plus importants.
Quel que soit le parti qu’on prenne dans cette controverse, tout le monde a tort et raison.
Pour les thuriféraires, Paul Biya est le démocrate du siècle, pour avoir appelé à une responsabilité importante madame Kamto, la femme de l’un de ses adversaires politiques.
Pour les mrcistes, madame Kamto est une fonctionnaire rompue à l’exercice de son métier, qualifiée et compétente. Elle doit servir son pays indépendamment de la nature du régime en place.
Pour les « autres opposants », madame Kamto ne peut pas accepter une promotion aussi manifestement malintentionnée sans contredire les prétentions politiques de son mari.
Les trois positions de neutralisent. Leur dénominateur commun? MADAME KAMTO! On parle d’une femme dont les parents ont consenti des sacrifices pour lui permettre de s’instruire. On parle d’une femme qui a passé de longues années à étudier pour se construire un avenir en toute autonomie.
Et parce qu’elle est l’épouse d’un homme public, tout ce qu’elle a travaillé à bâtir est, aujourd’hui, conditionné par son statut de femme de… Comme si elle n’avait pas d’existence propre. Comme si, sans son nom d’épouse, elle n’aurait rien fait de sa vie. Comme si elle devait son accomplissement professionnel à son mariage.
C’est un mauvais signal que notre société envoie à ses propres filles. On vaudrait demander à chacune de se contenter des tâches ménagères, de faire la cuisine et de torcher les mômes sans prétendre à rien d’autre qu’on ne s’y prendrait pas autrement.
Une telle stagnation est une régression. C’est un travers du patriarcat qu’il nous faut corriger. Le Cameroun n’a pas les moyens de continuer d’entretenir ce deux poids deux mesure. Partout ailleurs, on se bat désormais pour l’égalité des chances, pour l’égalité salariale à compétences égales, pour la parité…
Ce n’est pas remettre en cause notre modèle de société fondé sur la Famille que de permettre aux femmes d’exister et d’éclore comme des individus à part entière. C’est, au contraire, favoriser l’épanouissement de tous les talents pour mieux les mettre au service d’un pays à construire.
@JVDM
