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Société

[Archives] Crise anglophone: discorde, manipulations et amalgame

Jean Vincent Djenda Mondon septembre 8, 2017 3 min de lecture 0 alertes

La crise anglophone donne lieu à un concert de manipulations grossières. Il est naturel que des camerounais attendent des pouvoirs publics que ces derniers remplissent certaines obligations régaliennes. Comme l’amélioration de leurs conditions et cadre de vie, une offre acceptable de soins de santé, le désenclavement, ou l’accès à de meilleurs standards d’instruction.

Les brimades et le mépris, proposés comme seules réponses à ces doléances légitimes, ont largement contribué à redonner vie à la volonté de scission qui existe dans l’ancien Cameroun Occidental depuis 1961.

Pour la petite histoire, le référendum du 11 février 1961 fut un large plébiscite, certes, mais ce ne fut pas un vote unanime, il ne fit pas que des heureux. Ceux qui ne souhaitaient pas le rattachement étaient nombreux quoique minoritaires. Cette aspiration à l’autodétermination est restée vivace et se traduit par l’existence du Southern Cameroon National Congress, un parti politique d’essence nationaliste, ouvertement sécessionniste. Il faut dire que la politique de gestion et de redistribution de la richesse nationale n’a pas favorisé la disparition de ce courant.

En dehors de l’unicité territoriale, il n’existe aucun autre point de comparaison entre la crise anglophone et le groupuscule sécessionniste qui la pollue. Les sécessionnistes veulent cesser de faire partie de la république à tous les prix. Ils n’en démordraient pas, même si, hypothèse farfelue, Paul Biya prenait en main la gestion de la crise et accédaient à toutes les revendications.

L’amalgame entre la crise anglophone et les velléités sécessionnistes de quelques-uns fait les affaires de deux catégories de personnes :
– les sécessionnistes eux-mêmes. Tant que les revendications anglophones ne sont pas entendues, l’enlisement de la crise justifie la radicalisation de leurs intentions et de leurs actions.
– les partisans de l’unité nationale envers et contre le bien-être des citoyens. Ils sont souvent proches du parti au pouvoir. Ils considèrent la crise anglophone comme un caprice d’enfants gâtés, un tremplin vers le séparatisme.

Ces deux visions, tout opposées qu’elle paraissent, conduisent à un résultat identique. Elles mettent en péril notre projet de vivre ensemble et d’appartenir à la même communauté nationale. Ces deux visions exposent aussi nos compatriotes à des brutalités qui ont déjà entraîné des morts.

Il est important, pour se faire une opinion saine sur la crise anglophone, d’éviter l’écueil de ces manipulations, de se défaire de certains préjugés, de n’avoir à l’esprit que l’intérêt bien compris de la Nation et de tous ses citoyens.
Les revendications que charrie la crise anglophone procèdent du bon sens et pourraient être celles de n’importe quel laissé-pour-compte de notre pays.

Djenda Mondon

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