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Politique

[Archives] Nos Héros Africains: Ernest Ouandié

Jean Vincent Djenda Mondon mars 23, 2017 4 min de lecture 0 alertes

Ernest Ouandié, le leader indépendantiste était exécuté à Bafoussam il y a 46 ans

15 janvier 1971 – 15 janvier 2017 : 46 ans déjà depuis l’exécution d’Ernest Ouandié, « le dernier des mohicans », le dernier des « chefs maquisards » de l’Union des Population du Cameroun (UPC).
Qu’avons-nous donc appris des sacrifices des héros indépendantistes camerounais ?

Du Maquisard au Héros national fusillé.

Sur la grande place à Bafoussam, les habitants de la bourgade sont rassemblés en silence en ce triste 15 janvier 1971 peu avant 11h du matin. L’exécution des «rebelles» de l’UPC aura lieu d’un moment à l’autre, et les badauds sont arrivés de toutes parts. Ernest Ouandié arrive, menotté, encadré par la soldatesque locale; il marche droit, la tête haute et souriant, à l’image du militant infatigable qu’il a été, en compagnie de deux de ses compagnons d’infortune. L’atmosphère sur la place est très lourde et imprégnée de tristesse. Il refuse qu’on lui bande les yeux, et attaché au poteau d’exécution non loin des locaux de la police judiciaire, il préfère voir la mort dans les yeux.

Face au peloton d’exécution, il sourit toujours, et ses dernières paroles, prononcées haut et fort, resteront gravées dans l’Histoire, et dans la mémoire du peuple camerounais. Il considère qu’être exécuté pour la liberté de son pays est un honneur, et exprime sa certitude qu’après lui, d’autres continueront le combat jusqu’à la victoire. Il se met à chanter.

À peine ses mots déposés dans les esprits de ceux qui sont là sur la grande place, le crépitement des armes retentit. Après la première salve, on entend la voix d’Ernest Ouandié crier «Que vive le Cameroun», et il tombe, criblé de balles, aux côtés de Gabriel Tabeu alias Wambo le Courant, et du jeune Raphaël Fotsing. Un officier européen se détache de l’assistance, s’approche de Ouandié mourant, s’agenouille auprès de lui, met la main à son étui de revolver, se penche en avant et tire à bout portant.

Né en 1924 à Ndumla, arrondissement de Bana dans le Haut-Nkam, le jeune Ernest Ouandié sera très tôt confronté aux injustices brutales des colons français. Alors qu’il n’est âgé que de 3 ans, la famille vivant à l’époque à Bangou, son père est déporté dans les plantations de café à Djimbong dans le Haut-Nkam. Contraint aux travaux forcés, il y restera trois longues années avant de revenir malade.

En effet, sous le régime colonial de l’indigénat, les colonies françaises suivaient le Code de l’Indigénat, qui octroyait un statut légal inférieur aux populations des colonies françaises. Les travaux forcés faisaient partie du système des Taxes et Travaux forcés, corollaires aux Amendes et Peines, dont le but était véritablement de tirer le maximum de profit des populations locales. La plupart des grands projets coloniaux en termes d’infrastructure, soit les routes, les mines ou les plantations, étaient basés sur les travaux forcés obtenus par des prisonniers qui purgeaient des peines spéciales arbitraires. Les colons d’ailleurs estimaient que ces « contributions » étaient le tribut à payer par les indigènes pour la pacification, l’accès à la «civilisation» et à la protection. Dans la même perspective, l’impôt apparaissait comme «la juste rétribution des efforts du colonisateur, l’application normale du droit absolu d’obliger les populations noires, auxquelles il apporte la paix et la sécurité, à contribuer dans la mesure de leur moyen aux dépenses d’utilité générale».

A suivre
Par Rebecca Tickle, Journaliste, in https://blogs.mediapart.fr

(Article publié initialement le 15 janvier 2011.)

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